«Coldwater» livre son enseignement à coups de poing dans la gueule

CINEMA Ce film coup de poing fait partager le calvaire de délinquants juvénies dans un centre de redressement...

Caroline Vié

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Coldwater
Coldwater — KMBO

On a peine à le croire en voyant le film mais Coldwater puise son inspiration dans la réalité. Vincent Grashaw s’est, en effet, appuyé sur une mésaventure survenue à un ancien camarade de classe pour cette chronique très dure sur un camp de délinquants juvéniles. «Ses parents ne savaient plus comment le gérer alors ils l’ont fait enfermer dans cette prison privée. Il semble ahurissant de pouvoir se conduire ainsi avec un adolescent mais c’est parfaitement légal aux Etats-Unis».

En deçà de la réalité

Pour son premier long-métrage, le réalisateur n’y va pas avec le dos de la matraque pour dénoncer les méthodes musclées de matons sadiques davantage portés sur les coups dans la gueule que sur l’analyse psychologique. «J’ai plutôt adouci les choses par rapport à la réalité, insiste-t-il. Les témoignages d’anciens détenus que j’ai pu recueillir m’ont glacé le sang». Démontrant par l’exemple que la violence engendre la brutalité, Grashaw ne laisse aucun répit ni à son héros, ni à un spectateur emprisonné avec lui dès une première scène d’enlèvement traumatisante.

Un jeune Ryan Gosling

Vincent Grashaw a eu de la chance et un bel instinct de découvreur lorsqu’il a confié le rôle principal à P.J. Boudousqué, un débutant qui ressemble comme deux gouttes de bourbon à un Ryan Gosling juvénile. «Il n’avait fait que des apparitions dans des séries télévisées mais je ne regrette pas de mettre battu pour l’imposer: il bouffe l’écran avec un naturel confondant», déclare le réalisateur. Epatant en rebelle livré pieds et poings liés à l’arbitraire, ce comédien de 24 ans se révèle suffisamment charismatique pour faire oublier Gosling et le côté un peu convenu de son personnage de détenu taciturne.

Tous unis par le projet

Le tournage n’a pas été facile pour l’équipe et les acteurs. Ils ont vécu en autarcie pendant trois semaines dans un canyon de Malibu. «Je craignais que la complicité s’installe entre gardiens et prisonniers, dit le réalisateur, mais le fait d’être réunis 24 heures sur 24 a servi leur jeu. Ils se connaissaient suffisamment pour savoir sur quel bouton appuyer pour décupler la puissance de leur performance». Si Coldwater n’a rien d’une partie de plaisir, ce film fort pose de bonnes questions sur le renoncement parental et la responsabilité de la société face à des jeunes qui lui font peur.