Sami Bouajila change de vie par amour dans «Du goudron et des plumes»

CINEMA Pascal Rabaté offre un rôle en or à ce magnifique comédien dans une comédie tendre...

Caroline Vié

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Sami Bouajila et Talina Boyaci  dans Du goudron et des plumes
Sami Bouajila et Talina Boyaci dans Du goudron et des plumes — Roger Arpajou/Loin derrière l'Oural

Dans Du goudron et des plumes, Pascal Rabaté met en vedette l’excellent Sami Bouajila dans la peau d’un petit arnaqueur qui change de vie par amour. «Je connaissais bien sa filmographie de Drôle de Félix (Olivier Ducastel et Jacques Martineau, 2000) et Omar m’a tuer (2011) ce qui m’a permis de constater l’étendue de son registre. Dès que j’ai su qu’il incarnerait mon héros, j’ai peaufiné mon scénario pour lui».

Une performance d’une rare intensité

Pour regagner le cœur de sa fille majorette et conquérir celui d’Isabelle Carré, délicieuse mère célibataire, l’homme va devoir prendre la vie à bras-le-corps et arrêter de tricher. «Sami m’a conduit dans des endroits que je n’imaginais pas. Là, où je ne voyais que des berges, il m’a montré des plages en faisant affleurer l'émotion quand je ne l’avais pas prévue». Et Rabaté de citer une séquence magnifique de dispute entre ce papa irresponsable et sa gamine campée par Talina Boyaci. «Je m’attendais tellement peu à cette intensité qu’il m’a fallu six visions de la scène pour parvenir à arrêter de sangloter», se souvient le réalisateur des Petits ruisseaux (2010) et de Ni à vendre, ni à louer (2011).

Se rapprocher des comédiens

C’est par petites touches que Pascal Rabaté a travaillé avec Sami Bouajila pour obtenir ce qu’il souhaitait voir à l’écran. «Je ne crois pas en la direction d’acteurs, dit le cinéaste. La direction, c’est le film qui la donne mais Sami est comme un Stradivarius, un instrument qui se met au diapason de votre histoire pour lui apporter sa propre résonance». Face à Daniel Prévost, acteur fétiche du réalisateur, Bouajila fait montre d’un sens de la fantaisie remarquable mais il est aussi capable de fragilité devant la mutine Isabelle Carré. «Tous m’ont donné envie de rapprocher ma caméra pour mieux les saisir, explique Rabaté. Il y avait quelque chose de magique dans leur jeu et j’étais le spectateur privilégié de ces instants uniques».

Laisser affleurer les sentiments

Le réalisateur reconnaît devoir beaucoup à son comédien principal. «Il m’a fait bifurquer vers des sentiments dont j’avais tendance à me méfier par culture personnelle et familiale. Sans Sami, le film aurait sans doute été plus sec». Cette nouvelle incursion d’un bédéiste surdoué dans le domaine du cinéma permet de constater qu’il a gagné en maturité. «Avec des comédiens pareils, on sait qu’on ne peut pas tout rater», conclut-il modestement. On peut aussi tout réussir ce qu’il démontre avec cette comédie toute en légèreté.

Un titre significatif

Presque tout le monde connaît le goudron et les plumes, sort douloureux réservé aux tricheurs dans l’Ouest américain. «Ce titre est une métaphore sur le lynchage et l'humiliation publique», explique Pascal Rabaté. Dans la réalité, les vêtements des arnaqueurs étaient aspergés de goudron chauffé à 60°C avant d'être recouverts de plumes. «Ils n'en mouraient pas mais étaient bien brûlés», précise Rabaté qui a trouvé que ce titre correspondait parfaitement à son personnage d'arnaqueur minable tentant de se racheter.