«Le monde nous appartient»: Noir comme une bonne bière belge

CINEMA Stephan Streker signe un film noir passionnant et brillamment interprété...

Caroline Vié

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Le monde nous appartient
Le monde nous appartient — Zelig Films distribution

Ne dites pas à Stephan Streker que Le monde nous appartient a une facture de film belge, vous risqueriez de l’agacer. Le fort sympathique réalisateur de ce film sombre est très clair au sujet de la belgitude. «On ne peut pas comparer Bullhead (Mikael R. Roskam, 2012) et Les rayures du zèbre (Benoît Mariage, 2014). Ces films n'ont simplement rien à voir».

Un film de Gourmet

En toute objectivité, la présence d’Olivier Gourmet, acteur fétiche des frères Dardenne qui l’ont découvert, aide à identifier Le monde nous appartient comme un film belge ce que Streker reconnaît. «Les Dardenne ont clairement ouvert la porte à notre cinéma national, explique-t-il. Je me souviens du choc que j’ai ressenti en découvrant Olivier dans La Promesse (1995)». Streker lui confie le rôle d’un père bourru et incapable de montrer son amour à son fils dans cette chronique sombre, son second long-métrage dont le titre rend hommage au Scarface (1983) de Brian DePalma.

D’après un fait divers

L’ancien journaliste s’est librement inspiré d’un fait divers pour écrire son scénario. «J’ai été marqué par l’histoire d’un gamin qui en a poignardé un autre pour lui voler son iPod. Deux vies gâchées pour un simple objet, cela me semblait dément». Streker transcende cette triste affaire pour brosser le portrait de deux jeunes gens (un footeux plein d’avenir et un petit délinquant incarnés par les exceptionnels Ymanol Perset et Vincent Rottiers) et dont le destin tragique est révélé dès les premières images du film. «Ce qui m’intéressait était de montrer comment ils en sont arrivé là», dit le réalisateur.

La Belgique, décor de film noir…

«On est la somme des gens qu’on rencontre», dit l’un des personnages du film. La complicité entre le réalisateur et ses comédiens traverse l’écran pour toucher le spectateur. N’en déplaise à Stephan Streker, il filme la Belgique de façon virtuose pour la transformer en décor de film noir. Il serait pourtant réducteur de classer Le monde nous appartient dans le seul rayon du cinéma belge, il appartient entre aussi dans la catégorie des œuvres prometeuses dont on suivra l’auteur de près.

Reda Kateb, la nouvelle star…

Attention, l’année 2014 pourrait bien être celle de Reda Kateb. Découvert dans Un prophète (2009) de Jacques Audiard, ce merveilleux comédien confirme son immense talent en incarnant le mentor excentrique de Vincent Rottiers dans Le monde nous appartient. On le verra bientôt dans Hippocrate de Thomas Lilti où il campe un interne en médecine s’initiant aux dures réalités des hôpitaux en compagnie de Vincent Lacoste.