Le jury du festival de Cannes lève quelques secrets

CANNES Jane Campion et son jury ont tenu une conférence de presse…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

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Le jury de Jane Campion (à g.) lors de la cérémonie de clôture du 67e festival de Cannes, avec Nuri Bilge Ceylan (le 3e à g.) entre autres lauréats
Le jury de Jane Campion (à g.) lors de la cérémonie de clôture du 67e festival de Cannes, avec Nuri Bilge Ceylan (le 3e à g.) entre autres lauréats — NIVIERE/VILLARD/SIPA

La plupart des questions tournaient autour de Xavier Dolan et Jean-Luc Godard, qui se sont partagés le Prix du jury, et de Nuri Bilge Ceylan, dont le film Winter Sleep a remporté la Palme d'or... Les jurés ont fait corps autour de Jane Campion et parlé d’une seule voix.

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Le secret du vote

Y a-t-il eu désaccords ou unanimité au sein des membres du jury ? «Nous ne vous le dirons pas», lance le réalisateur danois Nicolas Winding Refn. Face aux questions des journalistes, le jury fait corps. «Nous avons été nombreux à aimer de nombreux films» explique Jane Campion. «La sélection était excellente», ajoute Willem Dafoe. «Nous avons eu des discussions», souligne Sofia Coppola, «mais nous n’avons jamais fonctionné en opposition», précise Leila Hatami, «et au final nous sommes tout à fait d’accord sur les prix», se félicite Nicolas Winding Refn. L’actrice iranienne Leila Hatami explique un mode scrutin «où il fallait au moins cinq votes pour qu’un film puisse se retrouver au palmarès, mais on a toujours voté à bulletins secrets, si bien que personne ne sait exactement qui a voté pour quoi.»

La Palme d’or à «Winter sleep»

Le jury concède avoir été un peu effrayé par le résumé du film avant la projection et surtout par sa durée: 3h16. «Mais nous avons été emporté par un film au rythme merveilleux, clame Jane Campion. Je serais bien restée dans la salle deux heures de plus. Je me suis reconnue dans tous les personnages, y compris dans leur imperfection, et j’apprécie l’honnêteté du réalisateur. Si j’avais les tripes pour être aussi honnête, je serais fière de moi...» «On a beaucoup débattu sur ce film, admet de son côté le cinéaste chinois Jia Zhang-ke. Mais la qualité du script, la maîtrise de la réalisation et la performance des acteurs l’ont emporté.»

Le prix partagé entre Godard et Dolan

«Leurs films sont les plus modernes», admet Nicolas Winding Refn. «Ces deux réalisateurs travaillent avec une telle passion, ce sont eux qui m’ont le plus impressionné», souligne aussi Jia Zhang-ke. «J’ai adoré Mommy précise Jane Campion, mais j’ai aussi beaucoup aimé le film de Godard, même si je ne m’attendais pas à ça: il n’y a plus de récit, mais c’est un véritable poème! On regrette juste que le chien ne soit pas venu recevoir le prix, on lui aurait donné un os d’or…»

Le Grand prix aux «Merveilles»

Le film d’Alice Rohrwacher était considéré par beaucoup comme le film le plus faible de la compétition. Un avis que le jury ne partage pas. «Nous avons considéré que Les Merveilles était un film spirituel et à la fin j’ai pleuré», avoue Nicolas Winding Refn. «C’est un film incroyablement touchant», souligne Sofia Coppola. «La jeune fille qui joue dedans est la vie même», note encore Jane Campion qui dit avoir «aussi aimé le chameau»... La question du sexe de la réalisatrice a bien évidemment été posée. «Que le réalisateur soit un homme ou une femme n’a jamais fait partie de nos considérations, a répliqué la présidente du jury, nous n’avons débattu que des films».

Pas de troisième palme aux frères Dardenne

«Nous avons jugés les films indépendamment du parcours des cinéastes», ajoute Sofia Coppola, sans entrer dans le détail de ce qui a pu déplaire au jury chez tous les «oubliés» du palmarès, les Dardenne, Ken Loach, Abderrahmane Sissako ou Naomi Kawase.