Festival de Cannes. Marion Cotillard: «Les frères Dardenne ont fait un film d’action»

CANNES Après «De rouille et d'os» en 2012, et «The Immigrant» en 2013, l'actrice revient en compétition ce mardi avec «Deux jours, une nuit», avant la sortie du film mercredi dans les salles…

Stéphane Leblanc

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Marion Cotillard, le 20 mai 2014 à Cannes
Marion Cotillard, le 20 mai 2014 à Cannes — NIVIERE/VILLARD/SIPA

On prédit à Marion Cotillard un prix d’interprétation… A moins que les frères Dardenne ne remportent avec elle leur troisième palme d’or pour «Deux jours, une nuit»...

Connaissiez-vous les frères Dardenne avant de tourner avec eux?

La première fois qu’on s’est vu, c’est sur le tournage en Belgique du film de Jacques Audiard, De rouille et d’os, que les frères Dardenne coproduisaient. On s’est croisé dans l’ascenseur et c’était très bref. J’avais vu tous leurs films et je les admirais au-delà de l’imaginable, mais on s’est juste dit bonjour. J’étais très impressionnée.

Comment se déroule un tournage avec les Dardenne ?

Avec eux, tout est simple. Ils définissent un cadre, je n'ai plus qu'à me fondre dans mon personnage pour qu’on ne voie surtout pas le jeu. On répète et on tourne beaucoup, avec des variations pour laisser la possibilité, au montage, de créer des dynamiques différentes. Il y a une minutie chez eux, c’est un vrai travail d’horloger. Le rythme est très important et tant qu’ils n’obtiendront pas ce qu’ils veulent, on refera la scène.

Vous avez un truc pour rendre certaines répliques bouleversantes, comme le «Tu n’as pas d’cœur» que vous lancez à Olivier Gourmet?

C’est drôle parce que j’avais du mal à prononcer le «n’». J’aurais eu plus de facilité à dire «T’as pas de cœur». Mais il faut croire que c’est plus fort avec le «n’», car ils n’ont pas lâché...

En quoi votre personnage vous a-t-il touché?

C’est une magnifique héroïne de la vie réelle. Elle comprend ceux qui ont préféré empocher la prime de mille euros plutôt que de voter pour qu’elle reste dans l’entreprise, mais elle va quand même aller les voir, l’un après l’autre, pour leur faire changer d’avis… Ce sentiment d’inutilité qui l’habite concerne beaucoup de gens qui ne savent comment composer avec leur travail, ou son absence.

Quand on monte les marches, on pense déjà à un prix?

Non, jamais! On est évidemment heureux de recevoir un prix, mais un film, on le fait d'abord pour que les gens aillent le voir. Avec les Dardenne, on a beaucoup parlé de la manière d’entrainer le spectateur dans l’histoire, de le surprendre, de le bouleverser. Il est vraiment présent dans la conception du film, ce spectateur.

Quels sont vos projets, après Cannes?

Je viens de terminer un film anglais, une adaptation de Macbeth… Et là, j’ai bien envie d’être un peu seule avec moi-même. Après des expériences aussi intenses que celles que j’ai vécues ces dernières années, je sens que j’ai besoin de faire une pause…

Couper avec le milieu du cinéma?

Oui, bien sûr!, même si je ne vis pas «dans» ce milieu, d’ailleurs personne n’y vit. Mais moi quand je tourne, je vis vraiment avec mes personnages, et comme ils ne sont pas tous en forme, vous avez remarqué, il y a des moments où il faut que je fasse de vraies pauses pour laisser ma joie de vivre reprendre le pouvoir.

Vous avez encore des rêves de cinéma, l’envie de tourner avec Spielberg ou d’autres réalisateurs que vous considérez comme inaccessibles?

Spielberg, je l’ai rencontré et il a même manifesté, à un moment donné, l’envie qu’on travaille ensemble… Les Dardenne me semblaient bien plus inaccessibles! Il y en a d’autres, bien sûr, mais je l’ai garderai pour moi parce que si je les croise un jour, j’aurais envie de raconter à quel point j’avais envie de travailler avec eux. Il y a aussi des univers que je ne connais pas et que j’ai envie de visiter: les films d’actions, la comédie, même si, dans son genre, le film des frères Dardenne est un film d’action!