Cannes: Nuri Bilge Ceylan laisse parler son film à sa place

CANNES Rencontre avec un cinéaste hyper doué, mais bien moins loquace que son film, «Sommeil d'hiver»…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

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Nuri Bilge Ceylan en mai 2014 à Cannes
Nuri Bilge Ceylan en mai 2014 à Cannes — S.LEBLANC/20Minutes

Les détracteurs du film l’ont rebaptisé 3h16, comme sa durée. Les autres, qui appellent une Palme d’or de leurs voeux, ne s’étonnent pas de voir le nouveau film du cinéaste turc mainte fois primé Nuri Bilge Ceylan (prononcez Geylan!), déchaîner les passions. D’autant que c’est très précisément le sujet de Sommeil d'hiver (ou Winter Sleep), film qui joue subtilement des contrastes entre l’immensité des paysages enneigés et une intimité bouillonnante, prend le temps de mettre les chairs à vif et les sentiments à nus.

Au coeur de la campagne anatolienne, un comédien à la retraite tient un hôtel avec sa jeune épouse et sa sœur qui vient de divorcer. Il est aussi le propriétaire de maisons qu’il loue dans le village, suscitant des rancoeurs dans le voisinage, sans le vouloir ni même le voir, aveuglé qu’il est par ses certitudes et les tensions à l’intérieur de son propre couple. Les disputes qui fusent, les multiples drames qui s’enchevêtrent dans le film sont d’autant plus passionnants qu’ils sont universels.

Histoires courtes signées Tchékhov

Le réalisateur, que nous avons rencontré sur la plage du Pavillon turc, est beaucoup moins disert que son film. Tout juste confirme-t-il (l’information figure en turc au générique) que Sommeil d'hiver est «adapté de plusieurs histoires courtes de Tchékhov», qu’il «correspond beaucoup à [sa] réflexion sur le monde». Il évoque «Shakespeare, auquel il est fait référence dans le film», pour la truculence des dialogues. Et confesse qu’il se projette volontiers, lui et ses proches, dans chacun des personnages. 

«Oui, c’est vrai, j’ai plein d’amis anciens comédiens qui sont partis vivre à la campagne.» Quant au personnage principal, cet homme pétri de certitudes et de suffisance, «il doit bien raconter quelque chose de moi-même», sourit-il sans en dévoiler d’avantage.

Rêve de Palme?

Déjà mainte fois primé à Cannes, Nuri Bilge Ceylan reconnait «avoir gagné en profondeur et en complexité», mais refuse d’avouer qu’il rêve aujourd'hui de Palme d’or. «Passons», élude-t-il en se souvenant comment Theo Angelopoulos s’était mis la profession à dos en exprimant sa déception de ne pas la remporter pour Le Regard d’Ulysse. C’était il y a 20 ans, le réalisateur grec est mort et Cannes s’en souvient encore. Quoi qu’il en soit, primé ou pas, Sommeil d'hiver sortira le 13 août sur les écrans français. Il y aura donc de la neige en été...

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