«Welcome to New York»: Pourquoi le film va plaire aux Américains et pas aux Français

CANNES Le film d’Abel Ferrara, porté par Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset, est un long métrage, librement inspiré de l’affaire DSK. Accueilli fraîchement en France, il pourrait plaire aux Etats-Unis...

De notre envoyée spéciale à Cannes, Anne Demoulin

— 

L'affiche du film "Welcome to New York", qui sort samedi, était visible dès le 16 mai 2013 au Festival de Cannes
L'affiche du film "Welcome to New York", qui sort samedi, était visible dès le 16 mai 2013 au Festival de Cannes — Valéry Hache AFP

Welcome to New York, le film d’Abel Ferrara, porté par Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset, n’est pas un film sur l’affaire DSK, c’est un film qui montre comment les Américains ont perçu l’affaire DSK. Explications.

Des critiques américaines élogieuses

Le magazine américain Variety salue «l'incroyable performance de Gérard Depardieu» qui est «la provocation la plus audacieuse d'Abel Ferrara». Pour The Hollywood Reporter, le film de Ferrara est «scandaleux, hilarant, un portrait osé et parfois désopilant». Pour la presse française, le long métrage est «un mauvais téléfilm».Voire encore plus cinglant si pas d'affinités. Pourquoi tant de différences?

Au moment de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, le NY Post a qualifié ce dernier de «French Pig», cochon français. La première partie du film montre comment les américains se sont représentés DSK au moment de l’affaire. Pour eux, pas question d’un économiste réputé, d'un homme rompu aux institutions internationales, le public américain a vu un homme de pouvoir Français accusé de tentative de viol. Point.

L'appétit sexuel de la bête

La première séquence, une partie fine dans le bureau d’une grande institution internationale, fait juste penser à un film X des années 80. Abel Ferrara veut représenter le cochon français du New York Post et se réfère dans une orgie à la chantilly à La Grande Bouffe de Marco Ferreri. L’appétit sexuel de Georges Devereaux n’a pas de limite et le conduira à sa perte.

Gérard Depardieu/Georges Devereaux est une bête qui éructe face à la caméra comme un cochon dans un anglais approximatif. Avec sa fille au restaurant, le porc commande du porc. Difficile d'adhérer à la vision, en gros et dans les détails d’autant plus que DSK était bien un des rares hommes politiques français à parler correctement l’anglais.

Une partie documentaire

La seconde partie du film montre avec une précision documentaire ces images connues de tous: les menottes, les audiences, la sortie du tribunal… Abel Ferrara pousse la précision topographique en tournant dans la même maison que celle louée par Anne Sinclair durant l’affaire.

La troisième partie est celle qu’une bonne partie des Français a fantasmé pendant l’affaire: que s'est-il passé dans la maison de Tribeca? La proposition d’Abel Ferrara ne peut répondre à cette attente. Le couple Devereaux règle ses comptes en anglais avec parfois des mots en français. «I want a coup de rouge», s’exclame Simone Devereaux. Crédible? Pas pour des Français!

Une incompréhension inévitable

Bref, l'incompréhension s'installe au fil du film. On ne peut être qu'abasourdi par Abel Ferrara  quand il évoque l’origine de la fortune de la famille de Simone… acquise de façon douteuse pendant la guerre. Problématique: Les Français savent qu’Anne Sinclair est la fille d’un marchand d’art qui a été contraint de fuir le nazisme.

Depuis le générique sous fond de country, le cinéaste nous parle d’un scandale américain, tandis qu’à l’écran, le spectateur français scrute une affaire française, qu'il peine à reconnaître...

Pendant toute la durée du Festival, retrouvez notre édition numérique spéciale « Cannes », située à la fin de votre journal en cliquant ici 

Si vous êtes sur mobile, cliquez