On va aimer, boire et chanter sur la Croisette pour Alain Resnais

Cannes Un hommage au cinéaste récemment disparu est rendu ce jeudi à la Quinzaine des réalisateurs...

Stéphane Leblanc

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Alain Resnais, 87 ans, a reçu une standing ovation. Le cinéaste a remporté le Prix exceptionnel du jury pour «les Herbes Folles».
Alain Resnais, 87 ans, a reçu une standing ovation. Le cinéaste a remporté le Prix exceptionnel du jury pour «les Herbes Folles». — E. GAILLARD / REUTERS

Gilles Jacob avait demandé pour lui des funérailles nationales. Finalement, l'hommage à Alain Resnais se tiendra non pas en Sélection officielle, mais à la Quinzaine des réalisateurs où la Société des Réalisateurs de Films (SRF) avait décidé, quelques mois avant la mort du cinéaste, de lui remettre son Carrosse d'or. Un prix décerné chaque année à «un cinéaste choisi pour les qualités novatrices de ses films, pour son audace et son intransigeance dans la mise en scène et la production».

«J'ai eu le temps d'en parler à Alain, qui était très heureux de cette récompense», raconte Christophe Jeauffroy. Pour son premier assistant réalisateur, ce prix de l’audace et de l’intransigeance colle bien à ce cinéaste qui avait «une soif de savoir sur tout et s'intéressait aussi  à des choses qui le dépassait ». Comme l'informatique ou les ordinateurs. «Il adorait la technique et cherchait tout ce qu'on pouvait faire avec les progrès de la technologie. En même temps, c'était quelqu'un qui avait besoin de lire à fond un mode d'emploi avant d'utiliser un appareil, ce qui n'était pas trop adapté à notre époque. Il n'avait même pas d’adresse e-mail! Par contre, il aimait beaucoup Wikipédia et demandait régulièrement à pouvoir consulter les fiches de telle ou telle personne.»

Rouge, comme le tapis et les chemises qu'il portait

Christophe Jeauffroy, qui a participé à ses quatre derniers films était devenu, au fil des années, un peu plus qu'un premier assistant. «J'étais aussi son producteur exécutif et même réalisateur de substitution sur le dernier film, Aimer, boire et chanter». Il se souvient des deux derniers festival de Cannes du réalisateur pour Les Herbes folles et Vous n'avez encore rien vu.

«Il avait de sérieux problèmes de hanche, à la suite d'une scoliose mal soignée. Du coup, il ne montait pas les marches mais passait par l'entrée des artistes et attendait son équipe en haut du tapis rouge.» Rouge, comme la couleur des chemises qu'il portait. «En hommage au théâtre». Qui l'excitait plus que Cannes où il restait toute la journée à l'hôtel sans sortir, sauf pour la projection. «Cannes, il trouvait que c'était beaucoup bruit et les flashs le mettait mal à l'aise. Il était content de montrer ses films ou de participer à une remise de prix, mais il disait toujours que ce qui l'excitait, c'était les films à faire, pas les films faits.»

Jean-Louis Livi, son producteurn, et Christophe Jeauffroy, se verront remettre le Carrosse d’or lors de la soirée d'ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Plus tôt dans la journée, deux films auront été projetés: Le Chant des Styrènes, «un film institutionnel d'une entreprise de plastique, très rock'n'roll avec un texte étonnant de Raymond Queneau». Et Providence, «parce qu’on n’a pas pu le voir pendant longtemps et qu’il reste assez méconnu».