Gareth Edwards: «Dans "Godzilla", les monstres sont une métaphore de l’homme qui essaie de dompter la nature»

VOS QUESTIONS En visite à Paris, le Britannique a répondu aux questions des internautes de «20 Minutes» sur son prochain film...

Cédric Garrofé

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Le réalisateur Gareth Edwards
Le réalisateur Gareth Edwards — SIPANY

A l’occasion de la sortie de Godzilla dans les salles obscures mercredi, 20 Minutes a proposé à ses internautes de questionner le réalisateur du film Gareth Edwards. Voici ses réponses.

Quentin: Qu’est-ce qui vous a motivé à tourner ce film?

Contrairement à d’autres franchises avec des personnages déjà bien établis, je pouvais tout me permettre avec Godzilla. C’est la principale raison qui m’a poussé à faire ce film. Je pouvais créer tous types de personnages et d’histoires autour du monstre. L’autre raison est que le film original de 1954 était très sérieux avec plein de références indirectes, notamment à Hiroshima. A l’époque, la censure américaine interdisait aux Japonais de traiter la Seconde Guerre mondiale de manière frontale au cinéma. Ils ont donc inventé ce monstre pour pouvoir le faire de façon déguisée.

Il y avait donc matière à faire quelque chose de plus profond. J’ai souhaité retourner aux sources du mythe pour qu’il garde tout son sens. J’adore le fantastique et la science-fiction, mais il faut qu’il y ait un message caché derrière tout ça. Dans ce film, j’ai voulu garder le thème du nucléaire et faire référence à la tragédie de Fukushima au Japon. Dans Godzilla, les monstres sont une métaphore de l’homme qui essaie de dompter la nature… Alors qu’en fait c’est la nature qui nous contrôle.

Hugo: Êtes-vous fier d’avoir réalisé ce film et avez-vous eu les moyens de le faire comme vous le souhaitiez, comme Monsters précédemment?

En fait, je n’ai pas eu l’impression d’un gros changement pendant le tournage et heureusement car sinon j’aurais été paralysé. Cela a même été une grande surprise pour moi de découvrir que tout est fait pendant le tournage pour protéger le réalisateur de la pression des fans et du studio. Je me sentais comme dans une bulle: chaque jour j’arrivais sur ces immenses plateaux, et lorsque je m’installais derrière la caméra, tout se passait comme si je n’avais affaire qu’à cinq personnes! Je passais des heures vissé à mon siège à ne parler qu’au directeur photo, à l’assistant réal et aux acteurs. J’ai donc pu me convaincre que je faisais un film à petit budget. La seule différence se fait sentir en promotion. Je croise désormais les fans et je me dis soudain: «Mon Dieu, on a fait un remake de Godzilla!».

Mathieu: Selon plusieurs teasers, il semblerait que Godzilla ne soit pas le seul monstre du film. Sans spoiler, pourriez-vous en dire plus?

J’adore les monstres du bestiaire de la Toho (le studio qui a créé le personnage de Godzilla). Pour être tout à fait honnête, nous n’avions pas les droits des autres monstres du catalogue et je voulais en créer de nouveaux. Je pense également que cela aurait été une erreur de confronter Godzilla à d’autres créatures déjà connues ou existantes. On a donc réfléchi et imaginé d’autres monstres «parasites» qui évoluent en même temps que Godzilla et deviennent ainsi ses ennemis naturels…

Christophe: Cela a-t-il été compliqué pour vous de réaliser ce reboot sachant que plusieurs films sur Godzilla ont déjà été tournés?

Lorsque j’ai commencé à travailler sur le film, j’ai dressé la liste de toutes les choses que je trouvais essentielles pour réussir ce reboot et la première était que le film se déroule en partie au Japon. Godzilla est une véritable icône là-bas, il fallait donc que ce film soit comme un voyage qui débute au Japon et se termine aux Etats-Unis. C’était primordial selon moi.

Sultanofswing: Quel a été l’élément déclencheur dans votre décision de caster Bryan Cranston pour ce film?

Le choix du casting a été très simple. Il m’a juste fallu dire qui je voulais pour interpréter tel ou tel personnage et le directeur de casting s’en chargeait. C’est d’ailleurs comme ça que Juliette Binoche est arrivée sur le projet. Un jour ce directeur de casting m’a demandé «et pourquoi pas Juliette Binoche dans le rôle de la mère?». J’ai répondu «Vraiment? Tu penses vraiment qu’elle accepterait? Il suffit juste de lui demander?!».

En ce qui concerne Bryan Cranston, je dois admettre que je n’avais jamais regardé la série «Breaking Bad» mais que je suis un grand fan de «Malcom». J’ai toujours pensé qu’il serait formidable dans un rôle dramatique. Lorsque nous l’avons contacté, sa première réaction a été de penser que ce film n’était pas pour lui. Nous lui avons donc expliqué en détails ce que nous aimerions faire et la direction que nous allions prendre avec ce nouveau Godzilla. Il a très vite compris et a finalement accepté. Il s’avère qu’il était notre premier choix pour ce rôle.

Louis: Comment qualifieriez-vous ce film en quelques mots?

C’est un film que j’ai fait avant tout pour le public. On dit toujours que tout ce qui se passe dans un film doit être pensé pour le héros, qu’il est le personnage principal. Moi je pense qu’il y a un autre personnage primordial dans le film: c’est le spectateur. Il faut constamment lui donner à réfléchir, l’émouvoir, le faire réagir. Tout ce que je fais est pour le spectateur.