L'ours bipolaire Gustave Kervern est «Dans la cour»

CINEMA Pierre Salvadori a confié à Gustave Kervern un rôle de concierge dépressif attendrissant face à Catherine Deneuve...

Caroline Vié

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Gustave Kervern, héros de Dans la cour
Gustave Kervern, héros de Dans la cour — Wild Bunch

Gustave Kervern a fait (brillamment) le clown du côté de Groland dont il est l’un également l’un des scénaristes distingués. Il a aussi joué dans les films qu’il a coréalisé avec Benoît Delépine tels Aaltra (2004) ou Avida (2006). Pierre Salvadori le révèle tout en rondeurs fragiles avec la comédie Dans la cour où il donne la réplique à Catherine Deneuve. «C’est en me voyant chanter sur scène avec les Wampas à la soirée de notre film Le grand soir (2012) que je présentais à Cannes, qu'il a eu l’idée de me confier ce rôle», dit-il.

Comme chez lui chez Salvadori

Gustave Kervern s’est immédiatement senti à l’aise dans la peau de ce musicien dépressif tentant de combattre son mal-être à grands coups de serpillière. «Pierre et moi n’avons eu aucun mal à nous comprendre. Il y a beaucoup de ma personnalité dans ce personnage et je me suis senti à la maison dans son univers». Catherine Deneuve, toujours sublime, s’est mise au diapason de cette complicité en retraitée incomprise trouvant une oreille et une épaule accueillante chez ce nounours râpé par la vie. «Catherine est aussi généreuse qu’accessible», précise-t-il.

Se dévoiler à l’écran

Gustave Kervern est la magnifique révélation du film. «J’ai eu l’impression de me dévoiler de façon différente que lorsque j’écris. Ne serait-ce que parce que c’est moi qu’on voit physiquement à l’écran», dit le comédien dont la silhouette massive et la sensiblité devraient inspirer de nombreux autres cinéastes. On espère que la porte ouverte par Pierre Salvadori ne l'éloignera pas trop de l'écriture et de la réalisation. Car on n'a pas envie de perdre une miette du talent de cet homme-là...

Un bonheur de film désespéré

L’amitié improbable entre un ancien musicien solitaire et une jeune retraitée dépressive est montrée avec un humour en forme de politesse du désespoir par un Pierre Salvadori au meilleur de sa forme. Le réalisateur des Apprentis (1995) et de Hors de Prix (2006) signe son film le plus abouti avec Dans la cour, petit bijou de tendresse autour des habitants plus ou moins barrés d'un immeuble. Il y a du cinéma et de l'humanité dans cette fantaisie triste dont on sort en se sentant moins seul ce qui n'exclut pas de verser une petite larme avant que la lumière soit rallumée.