Qui étaient les «Monuments Men»?

CINEMA Le film «Monuments Men» et le livre qui l'a inspiré racontent l’histoire d’une poignée de soldats britanniques et américains chargés de sauver le patrimoine culturel…

Joel Metreau

— 

 Matt Damon 
George Clooney, Bob Balaban et Bill Murray dans "Monuments Men."
Matt Damon George Clooney, Bob Balaban et Bill Murray dans "Monuments Men." — Moviestore/REX/REX/SIPA

Basée sur des faits réels. C’est une histoire passionnante et méconnue que relate le film Monuments Men, tiré du livre éponyme de Robert M. Edsel. Après s’être installé à Florence, cet homme d’affaires texan explique à 20 Minutes qu’il avait commencé à s’intéresser à l’art: «Je me suis demandé comment, lors de la Seconde Guerre mondiale, qui a causé la mort de 65 millions de personnes, tant d’œuvres d’art avaient pu survivre et surtout qui les avaient sauvées.» Soit, en Europe, lors de la fin officielle des hostilités le 8 mai 1945, une soixantaine de personnes, engagés dans la section des Monuments, des Beaux-Arts et des Archives.

De la préservation à l’enquête

En 1944, les Monuments Men débarquent en France avec le souci de préserver le patrimoine, «d’éviter que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne détruisent les musées et les œuvres d’art, en bombardant les sites culturels». Au fur et à mesure, les Monuments Men découvrent que les œuvres d’art, issues d’institutions ou propriétés de particuliers, ont été dérobées en masse par les Nazis. Hitler avait pour projet de bâtir son «Führermuseum», un musée gigantesque, à Linz, en Autriche. «En progressant vers Paris, ils se sont aperçus de l’extension du pillage. De leur mission de préservation du patrimoine, ils sont passés, comme des détectives, à la recherche des œuvres d’art.» Parmi celles-ci, L’Autel de Gand, chef-d’œuvre de la peinture des primitifs flamands ou encore La Madone de Bruges, sculptée par Michel-Ange.

Mettre la main sur ces trésors

Alors que la date de la fin de la guerre reste encore inconnue, s’engage une course contre la montre pour mettre la main sur ces trésors, acheminés vers l’Est, comme vers l’extravagant château de Neuschwanstein, en Bavière, ou vers les mines de sel de Altaussee (Autriche) ou de Heilbronn (en Allemagne). Dans cette dernière a travaillé Harry Ettlinger, 88 ans, qui avait fui l’Allemagne pour les Etats-Unis, avant de s’engager dans l’armée. L’ex-Monuments Men se rappelle pour 20 Minutes: «A 18 ans, j’étais le boss juif, rigole-t-il. Je dirigeais les mineurs, je localisais les boîtes, identifiables grâce au nom des institutions marquées dessus, et vérifiais leurs contenus. Par les ascenseurs, on les emmenait aux camions. C’est là qu’on a retrouvé les caisses contenant les vitraux de la cathédrale de Strasbourg»… Aujourd’hui encore, des œuvres dérobées par les Nazis réapparaissent, comme celles découvertes à Munich en 2012. «Mais des centaines de milliers manquent toujours», déplore Robert M. Edsel.

Une reconnaissance pour Rose Valland

L’essayiste conserve l’amertume d’une critique en France au sujet de son livre, intitulée «Pillages et approximations». Il espère toutefois que le rôle de Rose Valland, attachée de conservation au musée du Jeu de Paume pendant l’Occupation, qui a aidé les Monuments Men, sera davantage considéré. «Elle n’a jamais eu en France la reconnaissance qu’elle méritait.» L’héritage des Monuments Men a permis selon lui de largement influencer la rédaction par l’Unesco de «la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé» datant de 1954. Mais leur idéal semble s’être tari. Il déplore que les Américains aient oublié de s’en inspirer en bombardant des sites historiques, pendant la Guerre d’Irak en 2003.