Une odeur de soufre au pays des Mayas

©2006 20 minutes

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Apocalypto, de Mel Gibson, sort en France précédé d'une réputation sulfureuse de violence insoutenable et d'inexactitudes dans sa peinture de la civilisation maya à la veille de l'invasion des conquistadors. La réalité est moins flamboyante que la rumeur. Les aventures d'un guerrier enlevé par une tribu rivale et sa quête pour sauver sa famille après le massacre de son village fleurent davantage la série B que le film à thèse. Entre Rambo pour la débrouillardise du héros, Tintin et le Temple du soleil pour un rebondissement inattendu, et les films de jungle italiens des années 1980 pour le côté gore, Apocalypto n'est finalement rien d'autre qu'un nanar, avec son rythme un peu mou et ses excès sanglants qui prêtent souvent à sourire. Malgré son goût évident pour la torture, Gibson s'est montré beaucoup plus « raisonnable » que dans La Passion du Christ, évitant les effets trop appuyés. Les historiens et les spécialistes de la culture mayalui reprocheront surtout ses inexactitudes et le public ses excès de naïveté : ses méchants semblent tout droit sortis d'une bande dessinée tandis que le personnage central, as du système D, survit aux épreuves les plus délirantes, du sacrifice rituel aux sables mouvants en passant par l'attaque de bêtes sauvages ! Reste qu'Apocalypto (« nouveau départ », en grec), tourné en langue maya et sans acteurs connus, a fait un carton au box-office outre-Atlantique. Cela confirme le statut d'électron libre de cet ancien acteur devenu cinéaste qui, bien qu'ayant récemment défrayé la chronique par des déclarations antisémites, parvient à imposer sa vision du monde, en toute indépendance.

Caroline Vié