Le festival du film asiatique de Deauville va faire couler le sang

CINEMA Des suicides et des meurtres en guise d’intrigues, des lycéens comme personnages principaux… Le festival du film asiatique de Deauville 2014, qui débute ce mercredi, promet des polars sombres et sanglants, à l’image de notre époque tourmentée…

Stéphane Leblanc

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Le Film Suneung
Le Film Suneung — Dissidenz Films

Le festival du film asiatique de Deauville, c’est huit films en compétition qui se disputeront, jusqu'à la fin de la semaine, les suffrages du jury présidé par la cinéaste Claire Denis. Et dix films hors-compétition, signés pour la plupart de cinéastes confirmés: le Taïwanais Tsai Ming-Liang, les Japonais Kiyoshi Kurosawa et Hideo Nakata, le Coréen Hong Sang-soo… ou le Français Philippe Muyl, un des premiers réalisateurs occidentaux partis tourner un road movie, Le Promeneur d’oiseau, dans ce nouvel Hollywood qu’est devenu la Chine…

En se penchant sur les synopsis des films, on y trouve beaucoup de polars. Mais qu'ils soient indiens, philippins ou coréens, c’est surtout l’aspect juvénile des personnages (des lycéens ou de très jeunes adultes) et le côté très sombre des histoires (des suicides ou des meurtres) qui sautent aux yeux.

Quel avenir pour la jeunesse

«Le festival reflète la réalité du monde qui va mal, reconnaît son délégué général Bruno Barde. Et dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des artistes s'interrogent sur l'avenir et le devenir de la jeunesse. Ce qui nous surprend, c'est que les cinéastes asiatiques le font avec moins de tabous que les occidentaux, aussi bien dans la représentation de la violence que la mise en scène des corps. Alors oui, leurs films sont noirs, mais quel cinéma!» 

C’est notamment le cas des films Coréens. En compétition, Han Gong-ju, héroïne du premier film éponyme de Lee Su-jin, est une lycéenne «impliquée dans une histoire sordide, délaissée par ses parents et contrainte de s’inscrire dans un autre établissement», tandis que le lycéen du film de Choi Jin-seong, Steel Cold Winter, accule un camarade au suicide en propageant une rumeur infondée... Hors compétition, il est question de pression scolaire, de harcèlement et de petits meurtres entre lycéens dans Suneung, de Shin Su-won, déjà présenté et primé à Berlin l’an dernier. Ce film permet de comprendre pourquoi la Corée du Sud a le taux de suicide le plus important chez les jeunes, devant le Japon.

Un peu d'espoir quand même

Le Japon, où Kiyoshi Kurosawa plonge une jeune dessinatrice de mangas dans le coma après une tentative de suicide. Un acte que ne comprend pas son petit-ami, qui «rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l'inconscient de sa compagne». De leur côté, l’Australien Michael Cody et le Cambodgien Amiel Courtin-Wilson font «fuir dans la jungle deux jeunes amants liés par un meurtre» dans Ruin… 

L’ambiance n’est pas plus gaie dans le reste de l’Asie: l’héroïne de Mater Dolorosa, du Philippin Adolfo B. Alix Jr tient, avec ses enfants, «les rênes du commerce illégal local: vols de voitures, jeux d’argent et trafics de drogue». L’orpheline Nagima, de la Kazakh Zhanna Issabayeva va essayer d’adopter le bébé de sa meilleure amie décédée, tandis que l’héroïne de Toilet Blues de l’Indonésien Dirmawan Hatta, s’enfuit du foyer familial le jour où elle est «accusée d’avoir commis un acte obscène avec ses amis du sexe opposé»… 

Finalement, l’espoir viendra de Patema et le Monde inversé, dessin animé du Japonais Yasuhiro Yoshiura: «après une catastrophe écologique, le hasard va provoquer la rencontre de deux adolescents en défiant les lois de la gravité». Le film est programmé dimanche en Séance enfants.