Vincent Macaigne: «Nos films sont des films de survie»

CINEMA Acteur et metteur en scène de 35 ans, Vincent Macaigne a trimbalé sa voix cassée et sa dégaine de faux rêveur dans pas moins de trois longs-métrages en 2013… Le dernier, «2 Automnes, 3 hivers», sort le 25 décembre…

Stéphane Leblanc

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Vincent Macaigne dans 2 automnes, 3 hivers
Vincent Macaigne dans 2 automnes, 3 hivers — Ufo Distribution

On a pu le voir cette année dans trois longs-métrages, La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko, La Bataille de Solférino de Justine Triet et 2 Automnes, 3 hivers de Sébastien Betbeder, qui sort ce mercredi 25 décembre. Et on l’attend dans trois autres films en 2014: Tonnerre, de Guillaume Brac après Un monde sans femme, Tristesse club de Vincent Mariette et Eden, de Mia Hansen Love…

Seriez-vous l’acteur emblématique du jeune cinéma français d’aujourd’hui, comme ont pu l’être Belmondo ou Jean-Pierre Léaud dans les années 1960?

Je ne vois pas les choses comme ça. Ces films, ce sont des projets sur lesquels on travaille depuis longtemps, c’est un hasard s’ils s’enchainent tous en même temps…

Ce sont tous des films de trentenaires, un peu fauchés...

Ce sont surtout des films de survie. Chacun l’exprime à sa façon, Antonin Peretjatko par le burlesque, Justine Triet ou Sébastien Betbeder avec des sentiments... mais c’est toujours la même histoire, hystérique et tragique, d’être nous, là, maintenant. On a tous une certaine expérience et beaucoup galérés. Ca se ressent forcément dans nos films.

Vous avez aussi en commun un art de la débrouille, du système D…

Oui, moi je vis dans un tout petit appartement, je n’ai pas d’argent. Mais je monte des pièces de théâtre, je tourne des films, et mes amis aussi, même sans être payés. On nous a bassinés qu'on était une génération d’enfants gâtés, mais qu’avec la crise, on ne trouverait pas de travail. Ca a créé en nous une envie et une énergie assez belle. La génération du dessus s'est plus conformée au système existant en se demandant juste comment y entrer.

D’où vient la mélancolie qu’on sent chez tous vos personnages?

On m’en a déjà parlé. Aux Etats-Unis, sur le tournage du film de Mia Hansen-Love, alors que je n’avais pas encore dit un mot, on m’a demandé pourquoi j’avais l’air triste… J’ai vraiment l’air triste?

Plutôt timide?

C’est vrai que je ne me trouve pas très beau. Justine Triet sait que je suis complexé par rapport à ma calvitie et en a joué pour La Bataille de Solférino. C’est aussi le sujet d’Un monde sans femme, même si le rôlede Sylvain est très écrit, très cadré. Mais bon, les réalisateurs de ces films sont des amis. Ils savent ce que je peux apporter de moi pour interpréter les personnages de leur film… Ce qui induit une confusion pour le public qui peut croire que je suis comme eux dans la vie.

Dans 2 Automnes, 3 hivers, un des personnages a un AVC. Comme vous il y a quatre ans…

C'est un hasard. Avec Sébastien Betbeder, on ne se connaissait pas. Et son film, j'ai failli ne pas le faire parce que je partais en Argentine pour une mise en scène de théâtre. La veille de mon départ, je l'ai appelé pour m'excuser. Il a insisté et décidé de m'attendre. Tant mieux, car son film est très abouti.

Vous avez réalisé deux moyens métrages et récemment une adaptation de Don Juan pour Arte. Mais vous ne jouez pas dans vos films. Pour quelle raison?

Oh c’est très simple, parce que je fais tout: la régie, le montage, la prise de vue… Difficile de jouer quand on tient la caméra…

Jouer et mettre en scène, c’est si différent?

Acteur, c’est une manière facile d’être avec des gens. Ça me rend heureux parce que j’aime être entouré. Alors que metteur en scène, c’est une manière plus difficile d’être avec les gens à cause de la relation de pouvoir que ça induit. Mais si ça se trouve, j’en aurai marre de jouer la comédie et j’aurai changé de métier d’ici deux ans.

Que feriez-vous si le théâtre et le cinéma disparaissaient de votre vie?

Des arts plastiques. Ma mère, peintre iranienne, m’en a donné le goût. Je me verrai bien aussi reprendre mes études pour faire de l’architecture. Quelque chose que je n’ai pas pu faire parce que je n’étais pas assez doué à l’école. Un vieux rêve d’enfant…

Un garçon et une fille dans l’air du temps

Avec Deux automnes trois hivers, Sébastien Betbeder signe un premier film original et touchant, bien dans l’air du temps. Vincent Macaigne incarne un trentenaire parisien qui s’ennuie et qui a décidé de changer de vie. Pour commencer, Arman court aux Buttes Chaumont en estimant que c’est un bon début. Il repère Amélie qui, ça tombe bien, court elle aussi. Leur première rencontre est un choc. La seconde, un coup de couteau dans le ventre… Il vient de la sauver d’un guet apens et la belle, toute émue, tombe dans ses bras avant que son meilleur ami ne soit victime d'un AVC... Il va s’en remettre et pendant deux automnes et trois hivers, leurs vies vont s'entremêler…