«A Touch of Sin» magistralement cruel

CINEMA Jia Zhang-ke, l'un des chefs de file du cinéma chinois signe une oeuvre sublime et radicale sur les travailleurs dans son pays...

Caroline Vié

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Xstream pictures/Ad Vitam

Quatre histoires, quatre régions et quatre destins marqués par les changements d’une Chine en pleine mutation économique marquent le spectateur du sceau d’un grand cinéaste. Le titre de A Touch of Sin fait référence à Touch of Zen, classique du cinéma asiatique (King Hu,1969) parce que c’était «une façon de souligner à quel point les valeurs de notre société ont changé depuis le temps des chevaliers», explique le cinéaste Jia Zhang-Ke.

Une Chine sous l'emprise du capitalisme

Le réalisateur de Still Life, 24 City et The World n’en finit pas de décrire son pays avec autant d’amour de férocité. «Je lis beaucoup les journaux. C’est là que j’ai puisé mon inspiration pour ce film», a t-il confié à 20 Minutes lors du dernier Festival de Cannes où il décroché le prix du scénario. Mineur massacrant les notables qu’il rend responsable de sa misère, employé poussé au désespoir par sa précarité, brave garçon devenu tueur brutal pour survivre et hôtesse d’accueil contrainte au meurtre pour échapper à un viol sont issus de véritables faits divers.

En toute liberté

C’est dans le désespoir d’un monde gangréné par un capitalisme galopant que Jia Zhang-ke a modelé ses tristes héros. «Je suis resté en-deçà de la réalité», précise-t-il. Plus violent mais sans doute plus accessible que ses œuvres précédentes, A Touch of Sin affiche un réalisme glaçant où hommes et animaux sont traités comme des bêtes par des maîtres frappés de déraison. «Je n’ai pas eu à subir la moindre pression des autorités, j’ai vraiment pu filmer en toute liberté.»

Absent des salles chinoises

La force des décors, paysages sublimes ou constructions sordides, apporte un impact supplémentaire à ce film radical jonglant avec les émotions comme avec les mouvements de caméra. Jia Zhang-ke secoue le spectateur tout en l’éblouissant par une mise en scène grandiose. «Je suis ravi que mon film soit vu en Occident, mais mon souhait le plus cher est de pouvoir le montrer en Chine afin qu’il suscite des réactions», insistait-il en mai dernier. Aujourd’hui, le long-métrage est toujours absent des salles chinoises…