«Les garçons et Guillaume, à table!»: Pourquoi un tel succès?

CINEMA En seulement douze jours, la comédie de Guillaume Gallienne a dépassé dimanche matin le million de spectateurs. Un immense succès, inattendu pour un film d'auteur...

Annabelle Laurent

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Gaumont, 2013.

Un million de spectateurs en seulement 12 jours d'exploitation, et des spectateurs heureux: à 95% «satisfaits», et à 75% «hautement satisfaits», selon l’Observatoire qui recueille l’avis des spectateurs à la sortie des salles. Pour un film d’auteur à petit budget, c’est tout simplement exceptionnel. A titre de comparaison, beaucoup plus populaire, José Garcia avec Fonzy a enregistré 400.000 entrées, et Le Cœur des hommes 3, 500.000. Surtout, la critique est presque unanimement charmée. Comment expliquer un tel succès, et si rapide, en salles?

Le bouche-à-oreille depuis Cannes

Seuls Les Cahiers du cinéma et Le Monde, l’ont snobé (avec avis partagé pour Télérama). Des outsiders au milieu d’un concert de louanges. En langage Allociné, c’est un 3,9 étoiles sur 5. Tout a commencé en mai, à Cannes, par une standing-ovation. «Il y a eu une très très forte réponse du métier, raconte François Clerc, directeur de la distribution chez Gaumont. C’est comme si on avait allumé une étincelle». Pris par Yves Saint Laurent et la Comédie Française, Guillaume Gallienne avait fixé la sortie à l’automne. Six mois d’attente que Gaumont a «mis à profit pour montrer le film à d’autres publics». Le film est acclamé aux festivals d’Angoulême fin août et de Deauville début septembre. «A partir de là, on se dit qu’il peut avoir un succès populaire, et dépasser son premier cercle de spectateurs». La veille de sa sortie le 20 novembre, plus de 15.000 personnes l’ont déjà vu en avant-première, selon François Clerc. Surtout, ils ont aimé, et le recommandent.

Le soutien de la presse

«Drôlissime», «Virtuose», «Réjouissant», «Jubilatoire»… On aura rarement vu autant de superlatifs (ceux de la presse) sur une affiche ou dans une bande-annonce. «Certains ont entendu Guillaume sur France Inter, mais peu connaissent son visage. Sur l’affiche, il fallait bien qu’on donne des clés, qu’on rassure, justifie François Clerc. Justement pour toucher un public plus large que celui qui consomme du ciné un peu haut de gamme». Question promo, Gallienne a aussi conquis les journaux et magazines. Sympathique, bien élevé,  l'acteur a gagné des portraits fouillés et longues interviews.

Une comédie intelligente

Co-auteur de l’ouvrage Les Comédies à la française, Jérémie Imbert en est convaincu: «Il va marquer durablement l’histoire du cinéma français». «Il est très bien écrit, et contrairement au Dîner de cons et au Prénom, qui ont aussi cartonné par leurs dialogues, la mise en scène est extrêmement soignée. C’est un vrai film de cinéma.» D’où l’unanimité de la critique, car selon le spécialiste, «les comédies où l’on rit; mais de façon intelligente, se comptent sur les doigts d’une main!». Au milieu du public hilare à Cannes, il raconte s’être dit: «Si ça marche ici, avec ce public pas très joyeux et réputé anti-comédie, le succès est assuré».

Un humour de sketch

Les scènes du spa, celles des tests pour l'armée ou chez le psy, celles en Princesse Sissi… Le film repose aussi sur un humour de sketch. «Il y a le ressort comique du déguisement, efficace de la Commedia dell’arte à De Funès», note Jérémie Imbert. S’y ajoute le travestissement, «un thème qui a toujours fait ses preuves», dit-il en rappelant le carton monumental de La Cage aux folles (1978).

La quête d’identité

L’histoire d’un «homme qui doit assumer son hétérosexualité dans une famille qui a décrété qu’il était homosexuel» n’a rien de banal. Pourtant, le film fait rire autant qu’il émeut. Car «Gallienne met le doigt sur quelque chose d’universel», estime Jérémie Imbert: la quête d’identité. D’identité sexuelle, ce qui «a beaucoup parlé aux adolescents lors des projections», assure François Clerc. Et d’identité tout court.

Un effet «Mariage pour tous»?

Il y a eu L’inconnu du lac, La Vie d’Adèle, et des mois de débat très vifs sur le mariage pour tous. «Il arrive au bon moment, et c’est le propre des comédies qui cartonnent», estime Jérémie Imbert, pour lequel Les Ch’tis répondaient en 2008 à un ras-le-bol du parisianisme. Mais Gallienne ne peut être taxé d’opportunisme. Car c’est son histoire, qu’il a écrite pour le théâtre, début 2008. C’est là sa clé: Sociétaire de la Comédie Française, il n’a jamais tenu un premier rôle au cinéma et le grand public le connaît mal même s'il a pu le voir dans des téléfilms ou en Jolitorax dans Astérix. Mais «ce qui fonctionne, c’est son immense sincérité».

>> Vous faites partie du million de spectateurs à avoir vu le film? Pourquoi vous a-t-il plu, ou déplu? Comprenez-vous son succès? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous.