Yolande Moreau enchante avec «Henri»

CINEMA Pour sa deuxième réalisation, Yolande Moreau livre un conte tendrement farfelu...

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Arnaud Borrel, Le Pacte, 2013.

On attendait avec impatience le retour de Yolande Moreau derrière la caméra après Quand la mer monte, César du meilleur premier film en 2005. Notre patience a été récompensée avec l’arrivée d’Henri, œuvre toute en délicatesse et tendre poésie.

Deux solitudes en belgitude

La rencontre entre un restaurateur colombophile et une jeune femme un brin simplette aurait pu tourner à la bluette parfum guimauve. Le regard tendre que Yolande Moreau porte sur ses personnages est exempt de toute condescendance. Cette chronique filmée du côté de Charleroi fait l’économie de mouchoirs en papier comme de clichés sur la «belgitude» qu’elle transcende en enchantant la trivialité du quotidien dans une salle de restaurant aux serviettes bien pliées ou dans un centre pour déficients mentaux aux pensionnaires parfois turbulents.

Histoire (presque) sans parole

Rosette, l’héroïne c’est Miss Ming, actrice au tempérament lunaire que Yolande Moreau a côtoyée sur les films du duo Kervern/Delépine (Mammuth). Elle évoque une version rajeunie de la réalisatrice comme si son héroïne de Louise Michel avait fusionné avec Séraphine pour donner naissance à une grande petite fille rêvant d’une normalité inaccessible. L’envol de ce «papillon», comme sont surnommés les patients de son institut, est à la fois poignant et profondément libérateur. La performance de Miss Ming comme celle de son partenaire Pippo Delbono est faite de silences et de gestes aériens. Yolande Moreau, qui incarne brièvement le seul personnage «bavard » de son film,  n’a pas besoin de parole pour s’imposer comme cinéaste.