«Borgman», dérangeant et envoûtant

CINEMA Alex van Warmerdam signe un conte cruellement drôle sur un étrange inconnu bouleversant la vie d'une famille rangée...

Caroline Vié

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ARP, 2013.

Dans Borgman, Alex van Warmerdam fait entrer un mystérieux vagabond dans une famille rangée. Le réalisateur des Habitants (1992) et  Waiter! (2006) s’amuse à torpiller les valeurs de banlieusards cossus avec ce conte dérangeant et envoûtant. «J’ai d’abord vu mon personnage hirsute venant frapper à la porte de cette belle maison puis j’ai laissé mon imagination prendre le relais sans me brider le moins du monde», dit-il.  C’est peut-être cette méthode de travail qui explique la liberté de ton d’une œuvre étrange qui représenta son pays à Cannes cette année après 38 ans d’absence de la Hollande en compétition.

Inclassable et heureux de l'être

Peintre réputé, Alex van Warmerdam a pré-vendu des lithographies de ses œuvres pour aider à financer son film. «Mes histoires sont difficiles à produire car elles n’appartiennent à aucun genre précis. Les producteurs aiment pouvoir entrer les films dans des cases ce qui les rend plus faciles à vendre». Borgman, nom d’un héros inquiétant et charismatique campé par Jan Bijvoet, évoque l’intrus de Théorème, chef-d’œuvre de Pier Paolo Pasolini par la façon dont il phagocyte des bourgeois proprets qu’il va détruire impitoyablement. «Il ne faut pas chercher de message dans mon film, mais ceux qui y voient une critique du capitalisme n’ont peut-être pas tout à fait tort», dit le cinéaste. L’humour féroce de ce long-métrage rend indulgent pour quelques lenteurs narratives. Comme un Jacques Tati sous acide, Alex van Warmerdam croque un monde aseptisé avec un talent visuel époustouflant avant de le démolir comme un gamin insolent.