Malvenue au pays du soleil levant

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Par nostalgie pour son enfance passée au Japon, Amélie Nothomb avait accepté un stage de traductrice dans une société nippone. En réalité, elle n’y fera pas grand-chose, à part subir très rapidement une cascade d’humiliations. La jeune romancière décrira ensuite cette expérience dans Stupeur et tremblements, dont le titre fait référence à l’attitude à adopter lorsqu’on se retrouve face à l’empereur du Japon. Alain Corneau se révèle fidèle au ton ironique du livre pour porter à l’écran cette histoire d’amour contrariée entre une Occidentale qui se rêve Japonaise et une contrée désespérément impénétrable. « Amélie est plongée dans un milieu qu’elle croit connaître mais qui, en fait, lui échappe complètement, constate le réalisateur de Nocturne indien. Et cela, malgré son attirance et sa profonde fascination pour ce pays. » L’héroïne se retrouve en effet dans un univers tellement hiérarchisé qu’il en devient absurde et redoutable. C’est une prison de bureaux gris et blancs, dont elle ne sort qu’en rêve, en se défenestrant pour survoler un Tokyo bariolé. Partagée entre fascination et haine pour une supérieure d’une beauté éblouissante, Amélie passe de la machine à café à la photocopieuse, pour finir en dame pipi, dernier échelon d’une descente aux enfers bureaucratique. « C’est une des choses qui m’émeut le plus : une personne qui essaie de faire bien, quelqu’un qui veut être accepté et qui ne cesse d’être repoussé », souligne Sylvie Testud, époustouflante dans le rôle d’Amélie. Les Variations Goldberg de Bach soulignent avec malice les tribulations tragi-comiques de cette petite Française au pays du soleil levant. Caroline Vié