Sept questions «à la con» qu’on se pose en sortant de «Gravity»

ATTENTION SPOILER Le film le plus attendu de l’année est en salles depuis une semaine. Plus d’un million de spectateurs français ont déjà tenté l’expérience. A lire uniquement si vous êtes l’un d’entre eux...

Annabelle Laurent

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Warner Entertainement Inc, 2013

Gravity, réaliste, pas réaliste? Au fond, ce n’est pas le sujet. Tout est dans l’expérience visuelle, indéniablement bluffante. L’expérience est même métaphysique pour certains, qui y lisent une fable profonde sur le sens de la vie… Parallèlement, le film inspire des questions… «con». L’intégralité de ce qui suit est un spoiler. Attention, donc.

Ils ont tourné dans l’espace?

Bon, avouez que c’est un peu plus que «con», comme question. Mais qui sait, peut-être un jour! «Cela aurait été mon rêve, mais, bien entendu, c'était irréalisable», explique Cuarón, qui du coup a «souhaité que les plans soient si réalistes qu'on ait l'impression qu'on s'est contenté de filmer l'espace». Le principal défi a donc été de créer l’illusion de l’apesanteur. Ont été inventées pour cela tout un tas de machines. Il faut imaginer un dispositif d’une douzaine de câbles, manœuvrables par télécommande, attachés à Sandra Bullock pour lui permettre de flotter. Le tout a demandé près de cinq ans de travail à Cuarón, qui a vite compris que faute de pouvoir attendre la technologie adéquate, «il devrait l’inventer lui-même».

Combien de jours George Clooney a-t-il tourné? Trois?

Vous êtes allés voir Gravity pour le beau George? Aha. On le voit à peine. Enfin, tout de même pendant la scène introductive de 16 minutes – mais si haletante qu’elle en paraît durer trois - puis pendant quelques minutes de délire de Sandra Bullock. A tel point qu’on s’interroge: combien de jours de tournage pour cette très belle ligne à son CV? Dans une interview à 20 MinutesSandra Bullock explique avoir souffert d’être seule la quasi-totalité du temps, coincée dans une boîte où elle pouvait rester jusqu'à 11 heures d'affilée. «Cet isolement était bénéfique pour ma composition, explique-t-elle. Je me sentais perdue comme elle et parfois totalement déprimée. Je suis persuadée que mon expérience de comédienne aurait différente si les conditions de tournage avaient été plus faciles». Seule respiration, ses «trois semaines» avec George.«On s’est tellement amusés pendant trois semaines. Quand il est parti, j’ai été stupéfaite de constater à quel point son départ pouvait m’affecter», confie-t-elle à Variety. Trois semaines, donc, pas trois jours.

Où atterrit Sandra Bullock à la fin du film?

Ah, cette fameuse scène finale. Alfonso Cuarón nous rejoue les premiers pas de l’homme, transformant Ryan en australopithèque affalée dans la glaise, courbée, puis debout sur ses pieds avec un dernier plan en contre-plongée sur fond de musique grandiloquente. Mais au fait, où est-elle? Evidemment, ça discute sur les forums. Sur l'un d'entre eux, tandis que IMDB indique le lieu de tournage (le Lake Powell, à la frontière entre l’Utah et l’Arizona), un spectateur est formel: «Elle atterrit en Asie. D’après la vue de la Terre qui précède son atterrissage, c’est proche de la Corée du Nord et de la frontière chinoise». Un autre évoque le réservoir de Chosin en Corée du Nord, tandis que certains y voient un retour évident à l’état de nature. Des hypothèses valables dès lors qu’on accepte… qu’elle ait vraiment atterri.  Ce n’est pas l’avis de The Wrap, pour lequel Ryan est morte avant, «probablement dans le Soyuz, au moment où elle coupe l’oxygène, ce qui semble alors mener inévitablement à son décès.» Alfonso Cuarón reste vague. «J’adhère à l’idée d’une renaissance. Mais cela ne veut pas dire que c’est la seule option…».

Ces débris d’anciennes missions spatiales qui se baladent, c’est crédible?

Le phénomène existe. Il a même été baptisé «syndrome de Kessler» par la NASA, indique Allociné. «Chaque vis ou bout de ferraille qui a été abandonné ou jeté se retrouve en orbite, et lorsqu'ils se percutent, ils créent davantage de débris encore. Cela met en danger la vie des astronautes, les vaisseaux spatiaux, voire les êtres humains sur Terre», informe ainsi le producteur David Heyman, très rassurant (!). Selon Maxisciences, environ 300.000 débris d'une taille supérieure à 1 cm se baladent dans l'espace. Mais jamais un tel nuage ne pourrait ainsi tout balayer sur son passage, explique à Gizmodo Jean-François Clervoy, spationaute de l’Agence spatiale européenne qui a effectué trois missions dans l’espace: «Les gros débris, on les détecte très bien à l’avance depuis le sol! Et on fait dévier les vaisseaux pour qu’ils les évitent. D’autant qu’il n’y a jamais un nuage de plusieurs débris qui arrivent à la fois». C’est déjà ça de gagné.

Qui est Houston?

La présence humaine (le budget acteur, selon le point de vue) est tellement réduite qu’une voix suffit à nous réconforter (plus qu’elle ne console la pauvre Sandra Bullock), et à titiller notre curiosité: qui est Houston? La voix est celle du grand Ed Harris, en clin d’œil à son étiquette NASA issue de deux célèbres films. Il était l’expert Gene Kranz dans Apollo 13 (1995) et John Glenn dans le jouissif L'étoffe des héros (1983).  Mais c’est aussi lui qui, dans le Truman Show, ordonne au soleil d’apparaître. Quel homme.

On est aussi sexy sous une combinaison spatiale?

Au moment où Sandra Bullock retire sa combinaison, on se demande ce qu’Hollywood nous a préparé… Bingo, l’actrice est en top moulant et boxer sexy. On peut être drôlement à l’aise sous sa combi, en fait! «En réalité, nous portons des sous-vêtements couvrants et spéciaux, rétorque Mike Good de la NASA. Avec des petits tubes remplis d’eau, cousus dans les vêtements, pour nous aider à refroidir notre température».

Pourquoi George Clooney s’est sacrifié?

Sur le moment, la raison de son sacrifice n’est pas évident. Il n’a plus de carburant dans sa combinaison, et Ryan ne peut pas le retenir? On découvre en fait qu’il s’agit de la plus grosse incohérence du film. Le fil auquel est attachée Sandra Bullock et qui menace de se briser tant il est tendu? Il ne peut pas être tendu. Dans l’espace, il n’y a pas de tension. «Il n'y avait absolument aucune raison que Clooney se sacrifie! lance l'astronaute de la NASA Garrett Reisman, interrogé par Forbes. Une fois que Sandra Bullock l'a attrapé, il aurait juste flotté là dans l'espace. (...) Et comme ma femme l'a fait remarquer, quand vous tenez George Clooney, seule une idiote le laisserait partir.»