«Snowpiercer, le Transperceneige», fable intemporelle de Bong Joon-ho

CINEMA Avec «Snowpiercer, le Transperceneige», Bong Joon-Ho porte à l'écran une bande-dessinée culte qu'il transforme en fable visionnaire d'une beauté à couper le souffle...

Caroline Vié

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Le Pacte/Wild Bunch, 2013

Bong Joon-ho, réalisateur de Memories of Murder et de The Host est tombé amoureux de Snowpiercer, le Transperceneige. «J’ai trouvé géniale l’idée d’avoir condensé l’humanité entière dans un train, dit-il et que les pauvres soient dans la fin du convoi et les riches plus près du moteur».

Corée-ment épatant

C’est dans sa Corée natale que le cinéaste a découvert la bande dessinée dont les trois tomes viennent d’être réunis dans une nouvelle édition magnifique par Casterman. «Je ne savais pas qu’il existait une version coréenne car l’éditeur n’était jamais parvenu à nous contacter, explique le dessinateur Jean-Marc Rochette mais l’enthousiasme du réalisateur m’a conquis. Je suis venu sur le tournage et Bong Joo-ho a inclus mes croquis dans le film.» C’est, en effet, Rochette qui est l’auteur des dessins d’un personnage censé immortaliser les événements importants se déroulant dans le train. La révolte des passagers défavorisés résolus à faire valoir leurs droits donne lieu à des scènes d’affrontements virtuoses. «J’ai eu l’impression de voir la bande dessinée s’animer, dit Rochette. Le dynamisme de la mise en scène m’a bluffé».

Une aventure internationale

Chris Evans, vu dans Capitaine America, mène la révolte. Coproduction internationale oblige, une brochette d’excellents acteurs venus du monde entier est au générique. Song Kang-ho, comédien fétiche du cinéaste, y côtoie Ed Harris, John Hurt et Tilda Swinton. «Le film a coûté 40 millions de dollars ce qui est un budget moyen pour les Etats-Unis mais en fait le plus cher jamais produit en Corée», précise Bong Joon-ho. Grand succès dans son pays, le film devrait être bientôt distribué dans un nouveau montage aux Etats-Unis. «Ce n’est pas la violence qui posait problème, explique le cinéaste. Les frères Weinstein ont juste souhaité ajuster le rythme du film au goût américain». Jean-Marc Rochette semble, quant à lui, un brin inquiet à cette idée. «J’espère qu’ils tailleront pas dans les scènes humoristiques», dit-il. Une séquence insolente dans une école aseptisée semble particulièrement visée par les ciseaux des deux frangins.

Filmé à train d’enfer

Bong Joon-ho signe une fresque magnifique avec Snowpiercer, le Transperceneige. Le spectateur est emporté dans cette fable visuellement époustouflante à bord d’un train fonçant dans les paysages gelés d’une Terre dévastée par une catastrophe. La révolte d’une poignée de résistants pour démettre les dirigeants du train qui les asservissent offre une suite de séquence d’anthologie dignes du magnifique roman graphique qui a inspiré ces aventures.