«La vie d'Adèle»: Abdellatif Kechiche répond à ses détracteurs dans une tribune

Anaëlle Grondin

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Le réalisateur Abdellatif Kechiche entre les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, le 26 mai 2013 à Cannes.
Le réalisateur Abdellatif Kechiche entre les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, le 26 mai 2013 à Cannes. — Gao Jing/NEWSCOM/SIPA

Les techniciens, puis les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Depuis le Festival de Cannes, qui a couronné la Vie d’Adèle d’une Palme d’or, le cinéaste Abdellatif Kechiche est sous le feu des critiques. En cause? Ses «méthodes» sur le tournage du film et les conditions de travail. Très affecté par ces attaques, le réalisateur signe une tribune ce mercredi sur Rue89 dans laquelle il règle ses comptes.

Les mots d’Abdellatif Kechiche sont forts: «Si mon film n’avait pas été récompensé à Cannes, je serais aujourd’hui un réalisateur détruit, comme on dit, un homme mort», écrit-il. Le réalisateur s’insurge d’abord contre un article signé Aureliano Tonet dans Le Monde intitulé «Les épreuves contre la montre d’Abdel Kechiche» paru au moment où s’ouvrait le festival de cinéma. «Une sorte d’enquête de personnalité censée édifier les lecteurs à propos de mon caractère et ainsi préparer les esprits, et populariser les termes "méthode Kechiche", un bon mot qui allait faire florès», pour Kechiche, qui dénonce au passage dans l’article en question «les mensonges de Jean-François Lepetit», producteur qui avait travaillé avec lui sur son premier long-métrage, La faute à Voltaire.

«Je n’ai jamais retenu personne» 

«Monsieur Lepetit dénonce dans la presse mon soi-­disant mépris pour le cinéma américain, quand tout réalisateur, qu’il soit français ou non, sait tout ce qu’il doit au cinéma américain (…). A quel jeu pervers jouait-il dans cet article?», s’interroge le cinéaste. Il s’adresse ensuite au journal Le Monde: «Dans quel but avoir laissé publier, sans même aller les vérifier, des informations aussi erronées qui ne pouvaient que me faire du tort à un tel moment pour ma carrière et celle du film?» 

Abdellatif Kechiche en veut au journal d’avoir publié des «anecdotes de tournage» déformées, «sans vérifier des propos et accusations graves», au moment où un syndicat accusait le réalisateur d’avoir fait subir de terribles abus à des techniciens sur le tournage de La vie d’Adèle: harcèlement moral, humiliations, méthodes de «tyran»…  «Pourquoi ces "techniciens anonymes" que j’aurais maltraités ne m’ont-ils jamais rien dit et pourquoi sont‐ils restés jusqu’au bout, si les conditions proposées leur étaient à ce point insupportables? Je n’ai jamais retenu personne», écrit Abdellatif Kechiche, avant d’ajouter un peu plus loin: «Je ne comprends pas, j’entends que certains se seraient plaints d’avoir dû travailler cinq mois au lieu de deux mois et demi? En cette période de crise, n’est-­il pas mieux de travailler plus longtemps que prévu sur un tournage?»

Léa Seydoux «m’a traîné dans la boue en débitant mensonges et outrances» 

Le cinéaste en vient ensuite à la «polémique orchestrée par Léa Seydoux», «bien plus ignoble et détestable dans le fond que la première» qui concernait les techniciens et leurs conditions de travail. Il ne mâche pas ses mots: «Mademoiselle Seydoux, qui après m’avoir maintes fois remercié publiquement et en privé et avoir pleuré dans mes bras à Cannes pour lui avoir permis d’y camper un rôle aussi noble, de l’avoir sublimée et de lui avoir tant appris sur l’art dramatique, a, contre toute attente et toute cohérence personnelle, changé radicalement d’attitude envers moi, au risque de démolir, à quelques semaines et jours de sa sortie, un film déjà fragilisé.»

Abdellatif Kechiche poursuit: «Après avoir été portée aux nues grâce à la Palme obtenue par La Vie d’Adèle, voilà qu’elle s’est mise à me traîner dans la boue en débitant mensonges et outrances avec une inconséquence qui ébahit.» Il imagine d’abord qu’elle souhaite «peaufiner cette image de star "rebelle" et mystérieuse». Mais «comment expliquer des accusations aussi graves et ce revirement à 180 degrés, un an après le tournage, et après tant de démonstrations d’admiration, "d’amour" et de reconnaissance?», s’interroge-t-il. Pour lui, il s’agirait plutôt de calculs opportunistes de la part de la jeune actrice, dont il souligne l’«arrogance d’enfant gâté».