Julian Assange parasite la sortie du «Cinquième pouvoir» avec son propre film sur WikiLeaks

Anaëlle Grondin

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Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, le 27 février 2012 à Londres.
Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, le 27 février 2012 à Londres. — Tal Cohen / Rex Feature / SIPA

Julian Assange aura-t-il le dernier mot? Le fondateur de WikiLeaks est en guerre depuis plusieurs mois contre Bill Condon, le réalisateur du Cinquième pouvoir, film retraçant l’épopée du site. Pour Julian Assange, le cinéaste entend «tromper le public avec de multiples exactitudes». Il a alors décidé de riposter en proposant en ligne son propre documentaire sur WikiLeaks… au même moment où Le Cinquième pouvoir débarquait dans les salles nord-américaines.

Son film à lui s’intitule Mediastan, «un road movie sur WikiLeaks», précise Julian Assange sur son site. Dans le documentaire, ses collaborateurs vont sur les routes du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et de l’Afghanistan, avant de se rendre en Occident, dans le cadre du «Cablegate», la fameuse opération de publication de documents secrets. WikiLeaks y est présenté comme un Etat à part entière, avec un objectif: dévoiler la vérité sur les agissements des puissants du monde médiatique et politique.

Pendant ce temps, «Le Cinquième pouvoir» fait un flop aux Etats-Unis 

«Au lieu de perdre votre temps et votre argent pour aller voir une propagande hollywoodienne, pourquoi ne pas passer du temps avec vos amis devant Mediastan?» a déclaré Julian Assange dans un communiqué. Pendant ce temps, Le Cinquième pouvoir fait un flop au box-office américain, avec seulement 1,7 million de dollars de recettes. Il s'agit du pire démarrage de l'année pour un film dans plus de 1.500 cinémas.

Une victoire pour Julian Assange, même s’il est difficile de déterminer si le faible succès du long-métrage au cinéma s’explique par un désintérêt des spectateurs pour le sujet ou par ses offensives dans les médias et la mise en ligne de son propre documentaire.

«La vérité est essentielle» 

Dès le départ, Julian Assange avait refusé d’être associé au Cinquième pouvoir. Le fondateur de WikiLeaks avait décliné une rencontre avec l’acteur Benedict Cumberbatch, qui l’incarne dans le long-métrage. Il lui avait même adressé une lettre en janvier pour protester contre le film, lui demandant d’abandonner le projet. «Je pense que vous êtes une bonne personne mais je ne pense pas que ce soit un bon film», a écrit l’Australien, qui ne souhaite pas «légitimer un film qui entend tromper le public avec de multiples inexactitudes.» Pour le fondateur de WikiLeaks, Le Cinquième pouvoir «va enterrer des gens honnêtes qui font un travail honnête, juste au moment où l’Etat leur tombe dessus. Il va étouffer la vérité sur les événements à un moment où la vérité est essentielle.» «Même dramatisé, Le Cinquième pouvoir reste un point d'entrée puissant pour débattre sur ce qui est apparu comme l'une des avancées les plus extraordinaires de notre société», a alors rétorqué Benedict Cumberbatch.

Le film de Bill Condon se penche sur la trajectoire de WikiLeaks entre 2007 et 2010, année où l’organisation est devenue célèbre avec la publication des «war logs», qui dévoilaient des abus commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan, et du «Cablegate», riche de milliers de documents diplomatiques. Sa sortie en France est prévue le 4 décembre 2013.