Pedro Almodóvar accuse le gouvernement espagnol de vouloir «exterminer» le cinéma du pays

J.M. (avec AFP)

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Le réalisateur espagnol Pedro Almodovar, à Madrid, le 6 mars 2013.
Le réalisateur espagnol Pedro Almodovar, à Madrid, le 6 mars 2013. — JAVIER SORIANO / AFP

La guerre est déclarée entre le cinéaste multi-récompensé Pedro Almodóvar et le gouvernement espagnol.  Sur le site d’informations espagnol, InfoLibre, dont Mediapart est partenaire, le réalisateur espagnol a laissé éclater sa colère. Samedi, il a écrit une tribune à charge contre le gouvernement de centre-droit, dirigé par Mariano Rajoy, qu’il accuse de vouloir «exterminer» le cinéma espagnol.

Il faut dire que ce secteur, dans un pays en crise économique, se porte plutôt mal. Selon le ministère de la Culture, le nombre des salles de cinéma en Espagne a chuté de 1.223 en 2002 à 841 en 2012. Et les spectateurs sont moins nombreux : ils étaient 140,7 millions en 2002 et seulement 94,2 millions en 2012.

Une hausse de la TVA à 21%

Particulièrement dans la ligne de mire de Pedro Almodóvar, le ministre des Finances et des Administrations publiques Cristóbal Montoro.  En 2012, ce dernier avait approuvé une hausse importante du taux de TVA sur les tickets de cinéma : elle était passée de 8 à 21%. Dans sa tribune, Pedro Almodóvar rappelle que cette TVA est de 5% en Italie, 10% en Allemagne et de 11 % pour la France.

Mardi dernier,  Cristóbal Montoro avait imputé les difficultés du secteur du cinéma aux films eux-mêmes…  «Les problèmes du cinéma ne sont pas seulement liés aux subventions mais aussi à la qualité des films qui se font, à leur commercialisation et à beaucoup de choses», a-t-il déclaré à la radio Cadena Ser. De quoi faire rager de nombreux réalisateurs.

En 2003, une fracture entre le Parti Populaire et les cinéastes

Fin septembre, le gouvernement espagnol avait également fait part de son souhait de diminuer  à 48,21 millions d'euros le budget alloué en 2014 au cinéma. Soit 12,4% de moins qu'en 2013, après une baisse de 22,6% par rapport à 2012.

Pour le réalisateur de 64 ans, ces mesures seraient aussi un moyen de faire payer le soutien des réalisateurs en 2003 aux manifestations contre la participation de l’Espagne à la guerre en Irak. «Le cinéma espagnol est alors devenu la bête noire des gouvernements du Parti Populaire», écrit-il.