«Blue Jasmine»: Woody Allen et Cate Blanchett, un duo à l'alchimie parfaite

CINEMA La rencontre du réalisateur et de l'actrice donne un résultat éblouissant dans «Blue Jasmine», bouleversant portrait de femme...

Caroline Vié
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Woody Allen dirige Cate Blanchett et Alden Ehrenreich dans Blue Jasmine
Woody Allen dirige Cate Blanchett et Alden Ehrenreich dans Blue Jasmine — Mars Films, 2013.

Woody Allen signe l’un de ses plus grands films avec Blue Jasmine dans lequel il offre un rôle exceptionnel à Cate Blanchett. Le réalisateur new-yorkais et l’actrice australienne nous ont parlé de cette tragicomédie autour d’une enfant gâtée quadragénaire se réfugiant chez sa sœur pauvre (Sally Hawkins) après avoir perdu époux (Alec Baldwin)  et fortune.

Portrait de femme

Woody Allen: C’est l’histoire d’une femme qui est dans le déni. Elle a longtemps vécu dans un mensonge confortable et le jour où cela prend fin, elle rue dans les brancards détruisant tout autour d’elle.

Cate Blanchett: Blue Jasmine décrit sa souffrance qu’elle fait rejaillir sur les autres. Elle fait alors de très grosses bêtises qui la rendent totalement impopulaire auprès de son entourage. En fait, elle est paumée.

Une héroïne antipathique?

W.A.: Elle aurait pu l’être sans l’incroyable complexité du jeu de Cate. Pour donner tout son sel à Jasmine, il ne fallait pas qu’une bonne comédienne. Je devais trouver l’une des plus grandes actrices du monde.

C.B.: Elle n’est pas haïssable. C’est ce qui m’a plu dans le scénario. Elle se débat dans un tel chaos qu’elle finit par devenir attachante parce qu’elle est totalement désespérée. Je ne la crois pas méchante. Elle s’est juste laissée dévorer par des événements qui la dépassent.

Une tragédie moderne 

W.A.: Jasmine est une figure tragique ancrée dans le monde d’aujourd’hui. Peu importe qu’elle soit riche au pauvre, c’est son itinéraire qui m’intéresse. Je n’ai pensé ni à Blanche DuBois, l’héroïne d’Un Tramway nommé désir, ni à l’affaire Madoff pour écrire ce scénario. Cela dit, je n’en reviens pas de l’excellent accueil reçu par le film. Sa dimension sociale semble avoir touché les gens, mais ce n’est pas de mon fait. Je considère cela comme un accident heureux…

C.B.: Sa dimension tragique est touchante parce que je pense qu’on est tous capables de se raconter de histoires pour échapper à une situation épouvantable. Le déni est une réaction très humaine que tout le monde pratique ne serait-ce que sur les réseaux sociaux.

Un Woody Allen «grand cru»

Est-ce Cate Blanchett qui a inspiré Woody Allen pour Blue Jasmine ? Il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu le réalisateur en aussi grande forme que pour cette tragicomédie autour d’une femme riche incapable d’accepter la ruine puis la mort de son mari accusé d’escroquerie. Réfugiée chez sa sœur qu’elle méprise, cette triste héroïne perd doucement pied. Agaçante et attachante, Jasmine se révèle progressivement trouvant une place de choix dans la filmographie de son créateur.