«La Bataille de Solférino», un film de fiction en immersion dans le réel

CINEMA Le second tour de l’élection présidentielle, ce n’est peut-être pas le bon jour pour se disputer la garde des enfants... «La bataille de Solférino» intègre un drame fictif au cœur d’un événement historique…

Stéphane Leblanc

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Vincent Macaigne, dans la foule de La Bataille de Solférino
Vincent Macaigne, dans la foule de La Bataille de Solférino — Shellac

Laetitia est journaliste, envoyée spéciale rue de Solférino pour couvrir le second tour des élections présidentielles. Vincent, son ex, veut profiter de ce dimanche ensoleillé pour voir ses enfants, quitte à harceler le baby-sitter. Par un concours de circonstance, tout ce beau monde se retrouve au cœur d’un événement qui va devenir historique.

La jeune réalisatrice Justine Triet injecte de la fiction dans le réel. Elle nous livre La Bataille de Solférino, son premier long-métrage paradoxal et audacieux. Paradoxal parce qu’il s’agit d’une comédie, où les protagonistes font rire malgré le drame qui se joue entre eux. Audacieux, parce que le film est tourné en grande partie au cœur d’une foule en liesse, dans un dispositif de tournage inédit.

Pas de deuxième prise

Rue de Solférino, au siège du PS, Justine Triet avait déjà filmé la défaite de Ségolène Royale en 2007. «D’habitude je fais surgir des éléments de fiction à partir de la réalité, raconte cette jeune cinéaste issue du documentaire. Cette fois c’était l’inverse, il fallait injecter de la fiction dans la réalité.» Elle savait à quoi s’attendre et avait convoqué la logistique idoine: sept chefs opérateurs et autant de caméras pour filmer l’action et suivre ses personnages, en sachant qu’il n’y aurait pas de deuxième prise. «On avait des caméras et des perches partout et pourtant, on était invisible. Mais surtout, j’ai eu 10.000 figurants que je n’aurais jamais eus autrement.»

Ses comédiens, aguerris, ont «improvisé» dans un cadre extrêmement précis. «Les indications étaient parfois difficiles à suivre, se souvient Vincent Macaigne. A un moment je me suis retrouvé bloqué, impossible de rejoindre Laetitia Dosch, ma partenaire...» Il n’empêche que tout était prévu, écrit presque à la virgule près. «Dans la foule, c’était chaud, mais tout s’est bien passé», assure Justine Triet. Même pour les enfants et ça tombe bien: la plus petite, c’est sa fille, et l’autre est à sa meilleure amie.

Au milieu de jeunes filles en pleurs

«Pendant qu’on préparait le film, j’étais convaincue que Sarkozy allait gagner, reprend la cinéaste. Quand la tendance s’est inversée dans les sondages, j’ai fait basculer le scénario». Qui n’avait plus rien à voir avec le projet de départ. «Si le PS avait perdu, on aurait filmé le couple au milieu de jeunes filles en pleurs et on aurait eu l’impression que la tristesse des personnages avait contaminé la foule. Là, c’est le contraire, le drame intime est submergé par l’allégresse…»

Prudente, Justine Triet avait toutefois envisagé les deux hypothèses au moment de filmer. «La seule chose que je regrette, c’est d’avoir dû couper toutes les scènes de révolte parfois hallucinantes qu’on a tourné au siège de l’UMP, mais qui pour le film auraient été complètement hors sujet».


LA BATAILLE DE SOLFERINO - Bande-annonce VF par CoteCine