Marc Fiévet, à propos de «Gibraltar»: «Je me suis retrouvé dans le regard de Gilles Lellouche»

William Molinié

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Gilles Lellouche dans le film Gibraltar de Julien Leclercq.
Gilles Lellouche dans le film Gibraltar de Julien Leclercq. — SND

Il a aujourd’hui presque 70 ans et se voit parcourir les routes d’Europe à bord de son camion pour subvenir aux besoins de sa famille. L’agent NS55, Marc Fiévet, ancien indicateur des douanes, a permis aux autorités françaises de saisir plusieurs tonnes de drogue grâce à ses actions d’infiltration des réseaux de narcotrafiquants à la fin des années 80.

Mais l’aventure se termine mal et il est arrêté en 1994 en Espagne puis extradé au Canada, condamné à vie après l’arraisonnement d’un navire contenant plusieurs tonnes de cocaïne. Il fera plus de dix ans de prison, «3.888 jours», précisément, avant d’être «blanchi» par la justice sans jamais être indemnisé par l’administration. Son histoire, qu'il a racontée dans un livre*, a inspiré le dernier film de Julien Leclercq, Gibraltar, qui sort en salle ce mercredi. Marc Fiévet l’a vu en juin dernier. Il en parle à 20 Minutes.

 
Gibraltar

Ce qu’il a pensé des acteurs... «Gilles Lellouche est très bon acteur. Je me suis retrouvé dans son regard. Surtout quand il comprend que tout s’écroule autour de lui. Il y a des moments difficiles à supporter. Ce film m’a ému.»

...et du film. «On voit un personnage pris dans un engrenage infernal. Ça, c’est mon histoire. Enfin dans l’esprit. Je trouve, malgré tout, que mon rôle a été édulcoré. Le film présente la raison de mon engagement auprès des douanes comme une nécessité financière. J’apparais comme dans une mouise pécuniaire importante. C'est faux. Quand je me fais approcher en 1988 à Gibraltar par des agents afin de les informer et d’infiltrer des réseaux de narcotrafiquants, j’accepte avant tout à cause de mon esprit baroudeur et aventurier, excité à l’idée de travailler pour un service spécial. A mon sens, le film s’inspire de ce que j’ai vécu, plus qu’il ne raconte mon histoire.»

 
Marc Fiévet / DR./20minutes.fr

Ce qu’il regrette. «Le film oublie –je dirais même qu’il passe sous silence– tout l’aspect politique et administratif de l’affaire. Il jette l’éponge sur l'action des services de renseignements. A aucun moment, on n'y voit une réunion avec la direction générale des douanes de l’époque. Alors que j’en ai faites plusieurs. C’est bien la preuve qu’ils savaient que je travaillais pour eux et qu’ils m’ont lâché en me faisant passer pour un narcotrafiquant.»

Son état d’esprit. «Je ne suis pas en colère contre ma hiérarchie. En revanche, il y a beaucoup d’amertume et de l’écœurement.» 

Ce qu’il compte faire aujourd’hui. «Je veux poursuivre tout ce qui est possible pour faire éclater la stricte vérité. Avec mon avocat, on a chiffré ce que me doivent les douanes, au regard de la drogue que je les ai aidées à saisir. Il y en a pour 87 millions d’euros. La justice m’a blanchi à moitié en reconnaissant que je n’étais pas un narco. Mais je veux qu’on lève le secret-défense pour montrer comment l’administration a laissé filtrer des informations fausses à mon sujet afin de me faire passer pour un trafiquant.»

* Infiltré, au cœur de la mafia - Marc Fiévet - Hugo.