La métamorphose de «Bambi»

CINEMA Après «Les Invisibles», documentaire sur de vieux couples d’homosexuels primé aux Césars, Sébastien Lifshitz poursuit son travail sur la mémoire des minorités sexuelles…

Stéphane Leblanc

— 

«Bambi» de Sébastien Lifshitz
«Bambi» de Sébastien Lifshitz — Epicentre Films

Bambi retrace le destin d’un homme devenu l’une des premières femmes à s’être revendiquée publiquement transexuelle, à une époque où le terme n’existait pas… Ce nouveau film sort ce mardi en DVD, une semaine après sa sortie en salles et trois semaines après sa diffusion sur Canal+…

Dès sa plus tendre enfance à Alger, Marie-Pierre ne veut s’habiller qu’en robe et refuse obstinément son prénom de naissance: Jean-Pierre. A 17 ans, sa vie bascule lorsqu’elle découvre la revue d’un cabaret de travestis en tournée. En quelques années, elle devient Bambi, figure mythique des cabarets parisiens des années 1950-1960...

Furieux d’être traitée de «petit pédé»

En recueillant le témoignage de cette femme de 78 ans, Sébastien Lifshitz poursuit le travail entamé avec Les Invisibles et trace le destin d’une personnalité hors du commun. «J’ai été sidéré par la force de son caractère. C’est quelqu’un d’extrêmement pudique, qui n’a jamais cherché à choquer ou provoquer et qui pour autant, s’est toujours refuser de transiger avec son désir.»

Il faut la voir quand elle était encore un homme, furieux et blessé, quand  son premier petit ami le prend «pour un petit pédé». Ce qui ne l’empêche pas de témoigner de ses doutes face à une notion qui n’existait pas dans les années 1950. «Avant, il n’y avait aucun référent. Un homme n’avait même pas le droit de s’habiller en femme. D’une certaine façon, Bambi a été obligée d’inventer sa vie ! Et l’assumer avec une certaine discrétion», car un désir comme le sien a longtemps été interdit et réprimé.

La transexualité touche à l’identité

«La transsexualité n’a rien à voir avec l’homosexualité, explique Sébastien Lifschitz. L’une touche à l’identité, l’autre à la sexualité.» Au même titre que les travestis ne sont pas tous des transexuels (beaucoup sont hétérosexuels), et qu’on a longtemps abusivement parlé de travestis pour qualifier les transsexuels. «Les minorités sexuelles ne m’intéressent que par rapport à l’idée de la liberté et des luttes qu’elles mettent en place pour la conquérir, reprend le cinéaste. L’homosexualité rejoint la transsexualité à cet endroit-là, car elles forcent les individus à devoir s’affirmer plus que les autres, à aller au bout de soi, dans un contexte souvent hostile.»

La réussite du film tient au fait que Bambi est une formidable conteuse de sa propre vie, qui s’est demandée «comment vais-je composer avec ce qui m’est donné au départ, c’est-à-dire une erreur ». Elle retrace le cheminement de cette reconstruction à l’aide de nombreux documents super 8 qu’elle a filmé elle-même. Et qui sont passionnants.

L’homosexualité au cinéma, un bon filon

Bambi lauréat d’un Teddy Award à Berlin, La Vie d’Adèle et L’Inconnu du lac primés à Cannes, Les Invisibles auréolés d’un césar, les films sur l’homosexualité ont le vent en poupe. «Ces succès prouvent que le public est curieux de découvrir une diversité sociale dont il ignore parfois l’existence, estime Sébastien Lifschitz. Mais pour susciter l’empathie du public, les réalisateurs de ces films font le même effort que les homosexuels dans la vie pour s’adapter à une représentation hétéro normée de la société.»