«L'Inconnu du lac», thriller gay d'Alain Guiraudie

FANTASTIQUE Le quatrième film d'Alain Guiraudie s'intéresse aux habitués d'une plage gay naturiste, cachée au bord d'un lac du sud de la France...

Stéphane Leblanc

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«L'Inconnu du lac» d'Alain Guiraudie.
«L'Inconnu du lac» d'Alain Guiraudie. — Les Films du Losange

Ceux qui se sont attaqués à l’affiche de «L’Inconnu du lac» n’imaginent pas ce qui se trame derrière cette image badine et colorée. Il faudrait avoir fréquenté ce lieu de drague homosexuel, caché au bord d’un lac du sud de la France, pour savoir de quoi on parle. C’est justement l’histoire qu’Alain Guiraudie va nous raconter. Et elle est passionnante, avec ses hommes qui bronzent, ses hommes qui se baignent, ses hommes qui s’observent, qui se touchent…

Entre Rohmer et Hitchcock

Le réalisateur filme cette communauté homosexuelle sans gêne ni provocation, un peu comme si l’on se retrouvait sur une plage de nudistes. C’est pourquoi le film est interdit aux moins de 16 ans. Ce n’est pas une mesure de rétorsion et les scènes de sexe explicites (doublées par des acteurs pornos) sont là pour qu’on y croit.

Mais L’Inconnu du lac n’est pas un film réaliste. C'est un thriller fantastique, dans tous les sens du terme. Un conte de fées lumineux et sidérant, avec un joli Poucet et un loup qui sort du bois la nuit tombée. Les dialogues et les hésitations du héros peuvent évoquer une version gay de Conte d’été d’Eric Rohmer, mais on pense aussi à Hitchcock pour le suspense ou à L’Etrange Créature du lac noir pour le climat fantastique.

Viser l'universel

En abordant l’homosexualité sous l’angle d’un naturalisme teinté de légèreté, de crainte et d’étrangeté, le cinéaste vise paradoxalement l’universel, renvoyant chaque spectateur à l’énigme et aux peurs suscitées par sa propre sexualité. « Il y a eu beaucoup de films hétéros qui sont devenu des métaphores homos, eh bien disons que là, j’avais envie de faire l’inverse, qu’un film au contenu au départ teinté par l’homosexualité devienne une métaphore de la société, du désir, de l’humain en général », raconte Alain Guiraudie.