Pierre Lhomme, le chef op’ qui a tourné avec l’homme qui aimait les chats

CINEMA Pierre Lhomme a été l’un des premiers à utiliser la caméra à l’épaule, en mai 1962, pour tourner «Le Joli mai»…

Stéphane Leblanc

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« Le Joli Mai» de Chris Marker et Pierre Lhomme.
« Le Joli Mai» de Chris Marker et Pierre Lhomme. — Sofra-Potemkine

Modestie

Le Joli mai a révolutionné l’art de l’interview. «Avec modestie, nuance Pierre Lhomme. C’était notre principe, être simple dans notre rapport aux personnes interviewées. En 1962, les gens manquaient d’assurance devant une caméra, ils ne jouaient pas la séduction comme aujourd’hui. Nous voulions saisir leur perception du monde qui les entoure. En commençant sans les brusquer et ensuite, il fallait être réactif en répondant à leur sincérité.»

Légèreté

Les progrès de la technique, qui ont vu les caméras passer de 60 à 4kg, ont beaucoup aidé. «Pour la première fois, on a pu tourner en son direct, en tenant la caméra à la main, témoigne le chef opérateur. On se baladait et quand on voyait quelqu’un qui nous semblait intéressant, on allait le voir. Dès la première conversation, avec le tailleur de la rue Mouffetard, on a compris qu’on pourrait aller très loin.»

Coupes

L’équipe a tourné plus de 50 heures d’images. «Même s’il a fallu d’énormes efforts pour réduire le film à 7h, puis à 2h15, jamais Chris n’aurait enlevé les plans des chats que nous avions filmés», note Pierre Lhomme, qui connait l’engouement sans pareil du réalisateur pour les chats. Au point que certains disent que c’est lui qui aurait inventé les lolcats!

Signature

En vérifiant la première copie d’exploitation, le chef opérateur a découvert qu’il était devenu co-réalisateur. «Ce n’était pas prévu et cette surprise formidable témoigne de l’intégrité de Chris Marker, chose rare dans le milieu du cinéma où les gens sont souvent imbus d’eux-mêmes.»