«La Cage dorée»: Anatomie d'un succès surprise

CINEMA La comédie de Ruben Alves a dépassé le million d'entrées grâce à une forte mobilisation de la communauté franco-portugaise, mais pas seulement...

Annabelle Laurent

— 

Les acteurs du film «La Cage dorée».
Les acteurs du film «La Cage dorée». — J. Panie / Path? Distrib

Un million d’entrées. Le cap a été franchi mardi dernier, pour la cinquième semaine d’exploitation. Des 240 salles initiales, le film frôle désormais les 400. Pour un premier film, porté par des acteurs stars dans leurs pays mais peu connus en France, c’est plus qu’une réussite. Ruben Alves, le réalisateur franco-portugais, a 33 ans. Sa mère est gardienne d’immeuble. Son père est maçon. Comme les Ribeiro, le couple de La cage dorée. Dévoués, ils mènent leur vie discrète dans un immeuble des beaux quartiers de Paris, jusqu’au jour où une lettre du notaire annonce un héritage. Une maison au Portugal, leur rêve. Sauf que personne ne veut qu’ils partent. Et eux-mêmes n’en sont plus si sûrs.

«Ce film, c’est exactement nous. Ça marche parce que des milliers de Portugais se sont reconnus», se réjouit Hermano Sanches, qui a représenté pendant dix ans les 926 associations portugaises de France. Ruben Alves était venu le voir il y a deux ans et demi, son scénario en poche. Il cherchait des appuis. «C’était un gros pari. Personne n’avait jamais parlé de la communauté franco-portugaise. Le film aurait pu être caricatural. J’en suis sorti le cœur serré».

Cibler la communauté portugaise via les associations, avant la sortie le 24 avril: la stratégie s’imposait donc pour Pathé, le distributeur. «Certains vont revoir le film quatre à cinq fois, parfois avec des drapeaux ou des maillots», se félicite Hugo Gélin le producteur de Zazi Films, ami d’enfance du réalisateur qu’il a, dit-il, dû encourager à se confier. «Son premier scénario parlait d’expatriés français à Lisbonne. J’ai répondu: "Très bien, mais ça intéresse qui?" Par pudeur il s’empêchait de parler de sa famille». 

«Marquer la petite histoire de la communauté franco-portugaise»

«Car c’est avant tout un film sur la famille. On n’a jamais voulu faire un film communautaire», enchaîne le producteur. Oui, il y a «deux façons de voir le film», mais le million n’aurait pu être atteint sans que le public français, sans origine portugaise, participe au phénomène. Sans doute grâce à l’effet «feel-good» de cette comédie.

Et «parce qu’il y a des liens réels! Il n’y a jamais eu autant de Français au Portugal», souligne Hermano Sanches, qui organise le 10 juin à Paris une projection spéciale «pour fêter le million et demi d’entrées». Une affaire politique, donc! «Je n’ai aucun problème à le dire, répond-il du tac au tac. Notre image est donnée en pâture au grand public, l’inquiétude peut être réelle. Car les Portugais de France, tout le monde les aime. La question, c’est est-ce qu’on les respecte?»

Pour lui, ce film pourrait bien «marquer la petite histoire de la communauté franco-portugaise».  Il va jusqu’à citer Bienvenue chez les Chtis et La vérité si je mens. Une analogie «complètement démesurée», s’exclame Hugo Gélin qui préfère rappeler le succès des Femmes du 6ème étage. Et évoquer la sortie au Portugal, en août, «hyper attendue là-bas maintenant!».