Helen Mirren et Frears sauvent la reine

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AFP TV

Raide comme la justice lorsqu'elle reçoit la première visite de Tony Blair, ou attendrissante en robe de chambre et pantoufles, Helen Mirren se fond dans la peau de The Queen, alias Elisabeth II, saisie en période de crise, pendant les quelques jours qui ont suivi la mort accidentelle de Diana. Si la comédienne a raflé pour ce rôle écrasant un prix d'interprétation mérité à la Mostra de Venise, c'est parce qu'elle a su s'oublier. C'est la reine elle-même qu'on a l'impression de voir face à la caméra de Stephen Frears, une souveraine incapable de prendre la mesure du chagrin de son peuple. Le choc entre son monde englué d'obligations ancestrales et celui de ses sujets frappés en plein coeur par ce décès tragique est ici montré avec une grande sobriété.

« L'élément clé de l'histoire, c'est la relation entre le Premier ministre et la reine. Blair a tout de suite su qu'il serait un partenaire incontournable dans la gestion de la crise », explique la productrice Christine Langan. D'abord, partagé entre agacement et fascination, le tout nouveau Premier ministre ne sait pas comment se comporter devant cette figure maternelle impressionnante. Et à ce titre, Michael Sheen impressionne en collégien monté en graine qui va aider Elisabeth II à reconquérir la popularité des Britanniques en la convainquant d'organiser des funérailles nationales pour « la princesse des coeurs ». A une charge burlesque façon Palais Royal, Frears a préféré un tableau subtil où il met au jour l'ambiguïté des sentiments que ressentent les Britanniques à l'égard de leur noblesse. Le grand atout de son film, drôle et cruel, est de n'être jamais caricatural. 

Caroline Vié