«Camille Claudel 1915»: Dumont envoie Juliette Binoche à l'asile

CINEMA Bruno Dumont dirige Juliette Binoche au milieu de malades mentaux dans Camille Claudel 1915...

Caroline Vié

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Juliette Binoche incarne Camille Claudel, internée de 1913 à sa mort,
trente ans plus tard.
Juliette Binoche incarne Camille Claudel, internée de 1913 à sa mort, trente ans plus tard. — ARP SELECTION

Quand on a appris que Bruno Dumont allait réaliser un biopic avec Juliette Binoche en vedette, il était difficile de ne pas avoir envie de se pincer en imaginant l'auteur de L'Humanité et de Flandres se laissant séduire par les sirènes du box-office. Que ses fans se rassurent, Camille Claudel 1915 est fidèle au style du cinéaste: beau et austère.

Un portrait en eaux-fortes

Ce film puissant n'a rien à voir avec la biographie de la sculptrice mettant Isabelle Adjani en vedette comme l'avait fait Bruno Nuytten en 1988. Quand Bruno Dumont nous présente Camille Claudel, elle est déjà internée dans l'hôpital psychiatrique où elle finira sa vie en 1943. C'est parce que Juliette Binoche lui avait fait part de son désir de tourner sous sa direction que Dumont s'est penché sur la destinée tragique de l'artiste dont il livre un portrait en eaux-fortes en nous faisant plonger au cœur de sa folie.

Pour écrire son scénario, il s'est appuyé sur les lettres que Camille a échangées avec son frère Paul, ainsi que sur des archives médicales. Et le réalisateur a tenu à tourner dans un véritable hôpital psychiatrique. Patients et infirmières apportent leur naturel à un tableau d'une splendeur formelle époustouflante. L'impression d'impuissance que ressent l'héroïne nous envahit progressivement, tandis que sa détresse apparaît dans les yeux d'une actrice à son meilleur.