Gad Elmaleh: «Il faudrait surtout que les caméras fassent téléphone»

CULTURE L'humoriste revient pour 20 Minutes sur le Palmarès du Mobile Film Festival dont il a présidé le jury cette année...

Propos recueillis par Annabelle Laurent

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Gad Elmaleh, président du jury de la 8e édition du Mobile Film Festival, le 12 février 2013. 
Gad Elmaleh, président du jury de la 8e édition du Mobile Film Festival, le 12 février 2013.  — 20minutes

Lui filme «très peu» avec son téléphone, un Blackberry auquel il n'est «pas du tout accro». Mais Gad Elmaleh semble avoir endossé avec plaisir le rôle de juge suprême («J’avais deux voix. Comment ça, c’est pas démocratique?») pour cette 8e édition du Mobile Film Festival qui s’est achevée ce mercredi soir au cinéma l’Arlequin à Paris. Rencontre avec un président à moitié sérieux mais pleinement ravi de son premier mandat. 

Monsieur le Président...
C'est la première fois que je suis président de quelque chose, c'est formidable! «Moi Président...» donnerai le Grand Prix à celui qui aura du talent!

Une minute, c’est assez pour se faire une idée du talent d’un réalisateur ou d’un acteur?
C’est la bonne tournure: «Se faire une idée» du talent. Je dois avouer qu’avant de voir les films, j’étais un peu perplexe, voire dubitatif. Je me demandais ce qu’ils allaient bien pouvoir faire en une minute. Je me suis vite rendu compte que j’avais sous-estimé les possibilités, puisque j’ai vu, tenez-vous bien, des thrillers, des comédies romantiques, des films noirs, des films burlesques, des films de genre, des films aussi où j’ai pas compris qu’est ce que... pourquoi ils font ça... C’était même parfois long une minute, sur certains films! (Rires)

Tous ces films sont faits avec pas grand chose...
Après avoir tout ça, je me dis que ce qui compte finalement, c’est pas les moyens qu’on te donne ou pas, c’est l’envie bien sûr, la passion, mais le talent avant tout. T’as du talent, ça se voit. T’as du talent avec un portable et une minute, ça se voit. Bien sûr qu’il faut de l’argent. Mais il y a tellement de mecs qui sont là à dire pendant deux ans, «Ouais c'est galère, je veux faire un court-métrage mais personne nous aide..» Voilà! Ca suffit les prétextes.

Un film d’une minute tourné sur mobile, c’est du cinéma?
Certains puristes diront non, mais c’est quoi du cinéma? C’est montrer, capturer des moments, c’est un talent pour décrire des choses, raconter des histoires, créer des émotions avec l’image. Et c’est ce qu’ils ont fait. Pourquoi ce serait pas du cinéma? Voyons, voyons, c’est du cinéma enfin! (Rires).

Qu’est ce qui vous a touché dans «Une minute de silence», qui remporte le Grand Prix?
Quand j’ai vu ce film là, j’ai dit tout de suite que c’était le meilleur… C’est pas seulement un des meilleurs films faits avec les portables, c’est un des meilleurs films que j’ai vus récemment! Ce qui m’a touché , c’est qu’il s’agit d’un thème très très dur à traiter, la pédophilie, et puis il y a la famille, le recueillement, la religion, les enfants sourds et muets, tout ça dans une minute... mais comment il a fait le gars! Je salue la performance de ce mec là, aussi bien sur la forme, la mise en scène, les acteurs.

Content qu’il reparte avec 15.000 euros? Vous pensez qu’il ira…
A Las Vegas!

… loin?
Oui, vraiment. Je pense qu’il a de l’avenir!

Qu’est-ce que vous auriez fait, vous, comme film d’une minute?
J’aurais fait un film sur un gars qui se demande ce qu’il va pouvoir faire en une minute. Et en fait, c’est mort, c’est trop tard, la minute est passée, ça tournait. Mais c’est pas génial comme idée…

Vous nous feriez, pour nous, un petit film?
Ah mais je veux pas faire n'importe quoi avec les blagues! Les blagues, c'est très sérieux! Ah oui tiens, je vais vous dire ça!

 


Ca vous tenterait vous, d’être réalisateur?
Non. Moi je veux écrire. Ca m’amuse le cinéma, mais c’est pas ma vie. Ma vie c’est la scène. Le cinéma, c’est marrant, c’est sympathique comme ça, mais bon.

N’avoir qu’une minute et peu de moyens pour un film, et raconter une histoire sur scène, ça se rapproche...
Oui, dans les deux il y a le côté contrainte, avec laquelle il faut dealer. Le côté «j’ai rien d’autre que ma gueule et mes vannes». Et mon micro, et encore!

Les smartphones permettent de faire du cinéma. Le rêve, ce serait qu’ils fassent quoi d’autre?

Il faudrait surtout que les caméras fassent téléphone. Les grosses caméras de cinéma, pour qu'on puisse parler au téléphone avec.

A quoi on peut s’attendre pour votre nouveau spectacle, qui commence en juin?
C'est une version très très épurée de mon art. Ca s'appelle «Sans Tambour» justement pour ça.  Sans tambour ni trompette. C'est parti d'une volonté de me rapprocher le plus possible du public, dans des salles pas trop grandes, avec des thèmes assez intimes, sur mon enfance, la notoriété, et sur l'observation du quotidien, toujours. Et je suis dans la tradition pure du stand-up: je viens parler aux gens et je repars. Y a pas d'effets spéciaux, pas d'effets de lumière de dingue, pas de musique de dingo, J'ai pas envie de ça en ce moment. J'ai juste envie de parler aux gens et d'être proche d'eux. Comme quand j’ai démarré.