«La Parade»: Gay Pride insolite à Belgrade

CINEMA «La Parade» fait défiler les contraires...

Caroline Vié

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En raison du sujet, Srdjan Dragojevic a dû tourner clandestinement.
En raison du sujet, Srdjan Dragojevic a dû tourner clandestinement. — V. VELJIC

Quand un mafieux serbe monte une milice pour protéger la première Gay Pride de Belgrade, le choc entre homosexuels militants et mercenaires épais vaut son pesant de slibovitch. La Parade n'y va pas avec le dos de la banderole pour délivrer ses idées généreuses et son message de tolérance. «J'ai voulu faire rencontrer des gens que tout oppose, explique le réalisateur Srdjan Dragojevic. Non seulement des homos et des hétéros, mais aussi d'anciens ennemis qui se sont détestés pendant la guerre et qui se trouvent contraints de collaborer.»

Du cinéma vraiment courageux

Le réalisateur de Joli village, jolie flamme (1996) en a bavé pour ce projet. «Nous tournions en secret pour éviter de voir débarquer des indésirables violents sur le plateau et mon fils vivait dans la terreur de se faire casser la figure à l'école», précise-t-il. Trouver des acteurs n'a pas vraiment constitué une partie de plaisir. «Beaucoup trouvaient le projet séduisant et ambitieux, mais refusaient d'y participer parce qu'ils avaient peur de torpiller leur carrière!», se souvient-il. Après trois ans de tournage clandestin, le cinéaste a fini par donner vie à sa vision. «Je refuse catégoriquement de me laisser intimider. Je ne suis pas naïf au point d'imaginer que les mentalités vont changer du jour au lendemain, mais si les gens prennent la peine de réfléchir après avoir rigolé, je n'aurais pas perdu mon temps.»

La Parade a obtenu un énorme succès dans les pays balkaniques avant de partir à la conquête de la France. «Bien sûr, les gens sont plus ouverts dans votre pays, sourit Srdjan Dragojevic, pas dupe, mais il n'est jamais inutile de revenir sur certains fondamentaux.»

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