Ben Affleck, de «Gigli» à «Argo»

PORTRAIT Couronné aux Golden Globes et aux Oscars 2013 pour son film «Argo», l'acteur a relancé sa carrière en passant derrière la caméra...

Philippe Berry

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Ben Affleck dans les films «Gigli», en 2003 et «Argo», en 2012.
Ben Affleck dans les films «Gigli», en 2003 et «Argo», en 2012. — PHOTOMONTAGE / 20 MINUTES

De notre correspondant à Los Angeles

La plus grande erreur de Ben Affleck n'est pas d'avoir tourné dans Gigli ou Daredevil. Ni d'avoir offert aux tabloïds leurs plus belles pages pendant les années «Bennifer». Le péché originel remonte à 1997 quand il laisse son ami d'enfance, Matt Damon, incarner le génie dans Good Will Hunting, un film que les compères de Boston ont écrit trois ans plus tôt pour lancer des carrières au point mort. Dans le chef-d’œuvre de Gus Van Sant, Affleck incarne le pote au grand cœur mais au QI limité, qui manie la pioche sur les chantiers pendant que Matt Damon résout des équations improbables au MIT.

A 25 et 27 ans, Affleck et Damon deviennent les plus jeunes scénaristes à décrocher l'Oscar. Du jour au lendemain, ils sont les rois du monde. Mais si Matt Damon tourne ensuite avec Coppola, Spielberg et Soderbergh, Ben Affleck joue les justiciers à la mâchoire carrée et les soldats pour Michael Bay. Malgré une parenthèse heureuse dans Shakespeare In Love, Affleck, qui a démarré sa carrière à la télé quand il était ado, décroche un Razzie Award en 2003 pour sa triple performance dans Gigli, Daredevil et Paycheck. Entre des problèmes d'alcoolisme, de jeu, de strip-teaseuses et plusieurs flops au box office, le golden boy devient radioactif.

«Trouver ma boussole»

«Rétroactivement, c'est facile de voir les mauvais choix. Mais sur le moment, quand on commence sa carrière, le seul objectif est d'aller à des auditions et d'être accepté partout», confiait l'acteur à 20 Minutes fin octobre pour la sortie américaine d'Argo. Selon lui, la prise de conscience de ses excès n'a «pas eu lieu à un moment précis». «Mais progressivement, j'en ai eu marre de mon image publique, de cette surexposition médiatique. Il m'a fallu du temps pour trouver ma boussole.»

Affleck met les freins juste à temps. Pour ne pas marcher dans les pas de son père alcoolique, il décide d'aller en rehab et arrête de boire. Il troque une Jennifer pour une autre –Lopez pour Garner– se marie, devient papa et reste loin des plateaux de tournages pendant deux ans, entre 2003 et 2005. Pendant ce break, il commence à songer à la réalisation, une idée qu'il avait déjà caressée pour Good Will Hunting.

«Argo Fuck Yourself»

Avec Hollywoodland, en 2006, il revient d'abord avec un rôle presque méta: celui d'un George Reeves frustré par les limitations de son image de Superman. C'est le début de sa 2e vie. Pour son premier film derrière la caméra, il retourne au bercail, dans la banlieue de Boston, avec Gone, Baby Gone, un thriller glauque adapté de Dennis Lehane, l'auteur de Mystic River, dont Affleck coécrit le script.

Succès publique modeste, le film séduit les critiques et décroche plusieurs récompenses. Le verdict de nombreux magazines tombe: Ben Affleck le réalisateur est bien plus talentueux que l'acteur. Il remet ça en 2010 avec The Town. Cette fois, il décide de jouer dans ce film qui met en scène des amis d'enfance devenus braqueurs de banque. A Boston, évidemment. Il demande conseil à d'autres acteurs-réalisateurs, comme George Clooney et Robert Redford. «Le secret est d'effectuer assez de prises pour vos propres scènes. Vous ne voulez pas être celui qui gâche le film par une mauvaise performance», explique-t-il.

The Town amasse plus de 150 millions de dollars au box-office mondial et fait de Ben Affleck l'un des réalisateurs les plus courtisés d'Hollywood. A tel point que George Clooney le producteur vient rapidement le voir pour lui confier les clés d'Argo. «Quand j'ai lu le script, j'ai toute de suite voulu le réaliser et jouer dedans», raconte Affleck. «Une fois que vous avez fait tout le travail de préparation, vous connaissez les personnages comme personne. Et passer de l'autre côté de la caméra m'a fait progresser dans mon jeu d'acteur», estime-t-il.

Car c'est peut-être la meilleure surprise d'Argo: avec sa coupe de Bee Gees et sa barbe 70s, Affleck la superstar s'efface pour offrir une performance aussi sobre qu'efficace dans ce thriller haletant. Le réalisateur, lui, continue son sans faute. Sa double victoire, aux Golden Globes 2013  devant Steven Spielberg et Kathryn Bigelow, a créé la surprise mais elle est largement méritée. Il s'agissait surtout d'un joli pied de nez aux Oscars, qui l'ont snobé dans la catégorie «meilleur réalisateur», même si l'Académie vient de sacrer «Argo» meilleur film.

Un futur chargé

Ben Affleck dit «goûter ce début de maturité». Désormais, il a le luxe de choisir ses projets. Il a récemment tourné avec Terrence Malick et va adapter un autre roman de Dennis Lehane, Live By Night, situé pendant la Prohibition. Ensuite, Affleck devrait s'atteler au biopic du gangster de Boston, Whitey Bulger, qui sera incarné par... Matt Damon.

Certains rêvent de le voir réaliser le futur Justice League mais l'intéressé a toujours démenti les rumeurs. D'autres lui prêtent encore des ambitions politiques mais il jure qu'il n'a pas l'intention de briguer le siège de sénateur du Massachusetts. Et s'il devait jouer dans une comédie romantique aux côtés de Kristen Stewart, il a finalement abandonné le projet. A 40 ans, Ben Affleck a retenu la leçon.

Préférez-vous le réalisateur à l'acteur ou estimez-vous que le jeu de Ben Affleck s'améliore avec le temps?