La petite Miss a tout d'une grande

©2006 20 minutes

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Emblématique du cinéma indépendant américain actuel, Little Miss Sunshine est d'ores et déjà l'un des favoris au palmarès du Festival de Deauville qui sera annoncé dimanche soir. Jonathan Dayton et Valerie Faris, enfants de la pub et du clip vidéo, suivent le périple délirant des Hoover pour emmener leur petite cadette à un concours de beauté. Echarpe et couronne ne sont pas gagnées d'avance car la bambine de sept printemps est une binoclarde un tantinet enveloppée. Inconscients de cette réalité, son père, psychologue raté à l'optimisme exaspérant, son grand-père érotomane drogué, son frère adolescent qui a fait voeu de silence, son oncle homosexuel suicidaire et sa mère figure de proue de cette bande de siphonnés s'entassent dans un break crachotant pour gagner la Californie. « Le film parle de ce que nous aimons le plus au cinéma, explique Dayton, c'est-à-dire la célébration des excentricités humaines. » S'appuyant sur une distribution épatante dominée par Steve Carell en intello gay, Alan Arkin en papy hédoniste et Greg Kinnear en philosophe sentencieux, cette fantaisie révèle l'envers du décor du rêve américain, sans misérabilisme, ni mièvrerie. Les réalisateurs ont su saisir le mélange d'amour absolu et d'agacement abyssal que génère la cohabitation familiale dans un espace exigu. Cette comédie montre les dents sans méchanceté gratuite, innovant dans le domaine rabâché du road-movie en offrant des séquences d'anthologie. Le numéro de danse de l'héroïne, devant un jury médusé, constitue une belle surprise comique, cerise sur un gâteau aux ingrédients bien dosés.

Caroline Vié