«Augustine»: Pas de deux à la Salpêtrière

CINEMA «Augustine» décrit la relation délicate entre le professeur Charcot et une patiente...

Caroline Vié

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Photo extraite du film «Augustine».
Photo extraite du film «Augustine». — no credit

Dans Augustine, présenté à la Semaine de la critique à Cannes, Alice Winocour brosse le portrait d'une patiente du professeur Charcot (1825-1893) qui donna des bases à la neurologie en étudiant l'hystérie à l'hôpital parisien de la Salpêtrière. Entre le savant roc monolithique bien vite fissuré et sa patiente rebelle, héroïne malgré elle de présentations impudiques, la réalisatrice a choisi le camp de la femme considérée comme cobaye. «Nous entrons dans l'ère des patients considérés comme des victimes. Ce sont eux qui intéressent le public plus que les savants», explique Elisabeth Roudinesco, historienne et coauteur avec Michel Plon du Dictionnaire de la psychanalyse (La Pochothèque). En voyant Charcot (brillamment incarné par Vincent Lindon) exhiber et photographier Augustine (délicatement campée par Soko), on pense à Vénus noire d'Abdellatif Kechiche, montrée comme un monstre par l'anatomiste Cuvier.

Une femme libre

«Contrairement à Freud qui recevait des bourgeoises dans son bureau, Charcot soignait, à l'hôpital, des femmes du peuple. Il ne s'attachait guère à ses patientes», insiste Elisabeth Roudinesco. C'est pourtant dans la relation pudique entre la malade et son médecin qu'Alice Winocour a ajouté ce qu'il faut de fiction pour livrer une œuvre envoûtante. Si elle déclare avoir voulu parler de la «place de la femme dans la société », son jeu du chat et de la souris autour de ses héros est l'atout principal d'un film où l'hystérie n'occupe qu'une place périphérique. «A ma connaissance, ce sujet n'a été sérieusement abordé que dans deux chefs-d'oeuvre du cinéma, déclare Elisabeth Roudinesco: Les Feux de la rampe (1952) de Chaplin et Pas de printemps pour Marnie (1964) d'Hitchcock. Dans A Dangerous Method, David Cronenberg s'intéresse plus au personnage de Sabina Spielrein qu'à la maladie.» Le grand film sur Charcot reste sans doute à faire. En attendant, Augustine, célébrée par les surréalistes en 1925, trouve dans cette première œuvre une prolongation à sa légende de femme libre.

Voir la bande-annonce d'Augustine: