Réseaux sociaux : Sur Twitter, le nombre de spams s’envole et Elon Musk bat de l’aile

MISTER ROBOT Vous avez été victime d’une vague massive de spams ? Nous aussi et on vous explique ce qu’il s’est passé

Lina Fourneau
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Est-ce que sur Twitter Elon Musk lui aussi reçoit des spams pour lui proposer un nouveau job ?
Est-ce que sur Twitter Elon Musk lui aussi reçoit des spams pour lui proposer un nouveau job ? — Canva
  • Dans leurs messageries privées, sur Twitter, de nombreux internautes ont remarqué des vagues massives de spams.
  • Un des messages propose un travail généreusement payé. Seule condition : envoyer sa candidature via Telegram ou WhatsApp. Un faux compte bien évidemment, dont la photo est celle de l’actrice Brie Larson.
  • Pour contrer le phénomène, les Twittos sont passés à l’offensive à travers le hashtag #StopBotsDm, mené par l’utilisateur « Flef ». Son objectif ? Quantifier l’ampleur du phénomène.

Les bots, Twitter et Elon Musk. Episode 83. Depuis quelques jours, sur la Twittosphère, de nombreux internautes s’insurgent face aux nombres de spams reçus en messages privés. La plupart du temps, la même demande apparaît : « Nous recherchons un nouveau membre pour notre équipe énergique, enthousiaste et créative », explique le message proposant un salaire « compétitif » entre 200 et 500 euros par heure. Le message envoyé est en anglais, mais le numéro de contact est identifié avec un indicateur français. Une seule chose à faire donc, envoyer un CV et une lettre de motivation via un compte Telegram ou WhatsApp.

Alors pourquoi pas faire le test, le salaire est alléchant et la démarche est simple. Quelques clics, deux trois mots en anglais et le message est envoyé sur WhatsApp. « Bonjour, j’aimerais en savoir plus sur le poste proposé sur Twitter ». Sur la photo, une femme blonde aux faux airs de Brie Larson. Non attendez, il s’agit bien de l’actrice. Mais depuis mercredi, silence radio : le compte ne répond pas. D’ailleurs, la bonne dizaine de comptes émetteurs du même message sur Twitter a disparu et les comptes n’existent plus pour la plupart.

Des messages flous

De son côté, l’expert et enseignant en tech-web Victor Baissait a eu plus de chances et a réussi à échanger avec ce bot incarné par Brie Larson. « Bonjour, ravie de vous rencontrer, je m’appelle Alice. Ce travail peut être fait sur votre mobile, où que vous soyez », lui dit-elle. En tout, ça ne demanderait qu’entre 20 et 60 minutes de travail par jour. Premier détail qui cloche, le bot ne parle pas très bien français. Mais surtout, la discussion invite l’utilisateur vers une plateforme qui serait celle de la marque Boulanger. Sauf que c’est une fausse interface, remarque Victor Baissait.

Là, les arnaques s’enchaînent. Pour retirer l’argent gagné, le nouveau salarié doit notamment disposer d’un portefeuille de cryptomonnaie. Et au fil de la discussion, Victor Bassait remarque également que l’arnaque devient de plus en plus tordue. Les chiffres et les lettres n’ont plus aucun sens dans les messages et le travail proposé n’a rien de clair. « Je me suis perdu », avoue-t-il sur son compte Twitter. Une chose est sûre, la localisation des escrocs. Toujours selon Victor Bassait, ils se situeraient aux Emirats arabes unis.

L’offensive des Twittos

De leur côté, les Twittos ont lancé une offensive contre ces intrusions privées à travers le hashtag  « #SpamBotsDm ». Aux manettes, le consultant en Social Data science « Flef ». Son objectif ? Tenter de quantifier l’ampleur du phénomène. Pour cela, il demande aux internautes d’envoyer les captures d’écran de leurs messages privés infestés de spams. « Je ne peux pas demander aux gens de copier-coller les noms de tous les bots, ils ont autre chose à faire. Mais juste une capture d’écran, c’est le début de ma démarche. Moi j’ai des outils pour lire l’image automatiquement ».


Et sur le hashtag, tous sont unanimes : le réseau social est de plus en plus inefficace face à la gestion des spams, sûrement depuis l’arrivée d’Elon Musk à sa tête. « Twitter est devenu une usine à bots, un panier de crabes », souligne l’un d’entre eux. Mais sont-ils réellement plus nombreux depuis un an ? Généralement, les bots restent très compliqués à quantifier, surtout quand ils passent par une messagerie privée, comme ici. Plusieurs semaines auparavant, au mois de février, « Flef » avait repéré une campagne de spams bien plus simple à analyser. Pour cause, les comptes avaient agi publiquement à base de likes. « Mais là, les bots n’ont eu aucune activité publique », regrette-t-il.

Un défi perdu pour Musk

Ironie de l’histoire, dès son arrivée chez Twitter, les bots ont été le cheval de bataille d’Elon Musk. Souvenez-vous, nous sommes en juillet 2022 et le richissime futur patron tente un rétropédalage après l’annonce de son rachat. Pourquoi ? Parce qu’il y aurait (beaucoup) trop de faux comptes sur Twitter. « 20 % de faux comptes, quatre fois ce que prétend le réseau social », avait-il estimé à l’époque. Mais surtout, un faux compte pour un homme d’affaires, c’est un compte qui ne peut pas être visé par la publicité. Un gouffre pour Twitter qui en tire la plupart de ses revenus.

Pourtant, avant l’arrivée d’Elon Musk, Twitter semblait s’en sortir mieux que ses concurrents sur la gestion des bots. Les comptes spams disparaissent aussi vite qu’ils étaient apparus. Alors doit-on attendre une suite de la dégringolade les prochaines semaines ? Sûrement, d’autant que ce jeudi, la démission de la responsable de la confiance et de la sécurité chez Twitter, Ella Irwin, a envoyé une nouvelle alerte quant à la situation de la modération sur le réseau social.