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RétropédalagePourquoi Twitter a supprimé la mention « média affilié à l’Etat »

Twitter : Pourquoi Elon Musk a fait marche arrière sur la mention « média affilié à l’Etat »

RétropédalageCertains médias, comme la radio NPR aux États-Unis, la BBC au Royaume-Uni ou encore la RTVE en Espagne s’étaient plaints de cette qualification, qui prêtait à confusion
Certains médias publics portaient la mention « affiliés à l'Etat », semant la confusion entre les médias d'Etat et les médias du service public.
Certains médias publics portaient la mention « affiliés à l'Etat », semant la confusion entre les médias d'Etat et les médias du service public.  - AFP / AFP
Manon Aublanc

Manon Aublanc

L'essentiel

  • Début février, Twitter a mis en place trois étiquettes distinctes pour les médias, ceux « affiliés à un État », « financés par un gouvernement » ou « financés par des fonds publics ».
  • Mais certains médias publics, qui se sont vus attribuer l’étiquette médias « affiliés à l’Etat », se sont plaints, estimant qu’elle prêtait à confusion. Résultat, plusieurs d’entre eux ont décidé de quitter Twitter.
  • Le réseau social a fait marche arrière, ce vendredi, en supprimant ces mentions.

Ecrire un article sur Twitter - et Elon Musk –, c’est prendre le risque qu’il soit caduc quelques heures après sa publication. Car depuis sa prise de fonction à la tête du réseau social, le fantasque milliardaire change d’avis comme de chemise. Dernière volte-face en date : l’abandon de la mention « média affilié à l’État », ce vendredi, après plusieurs jours de polémique.

Début février, Twitter avait lancé différents badges pour classer ses utilisateurs : le coche bleu de compte « certifié » pour les abonnés à Twitter Blue, le coche gris pour les organismes gouvernementaux, le coche jaune pour les « entreprises officielles », ainsi que des mentions spécifiques pour les médias. Trois étiquettes distinctes avaient été créées : les médias « affiliés à un État », « financés par un gouvernement » ou « financés par des fonds publics ».

La crédibilité remise en cause

Mais certains médias publics, comme la radio NPR (National Public Radio) aux États-Unis, la BBC au Royaume-Uni ou encore la RTVE en Espagne, s’étaient plaints d’avoir été étiquetés médias « affiliés à un Etat », un intitulé prêtant à confusion entre les médias d’Etat, comme Sputnik ou Russia Today, et des services publics d’information, comme Radio France. Et pour cause, selon Twitter, les « médias affilié à l’État » étaient « définis comme des médias dont le contenu éditorial est contrôlé par cet État par le biais de ressources financières, de pressions politiques directes ou indirectes et/ou d’un contrôle sur la production et la distribution », pouvait-on lire sur le site.

Une mention « inacceptable » pour le PDG de la NPR, John Lansing : « La NPR et les stations membres (de son réseau) sont soutenues par des millions d’auditeurs qui dépendent de nous pour le journalisme indépendant et basé sur des faits que nous fournissons. NPR défend la liberté d’expression et demande des comptes aux puissants », avait-il protesté début avril, indiquant que la radio avait pris la décision d’arrêté de tweeter en signe de protestation.

Si la radio américaine avait obtenu gain de cause - Twitter a changé son étiquette en média « financé par un gouvernement » quelques jours plus tard –, elle a finalement décidé de quitter définitivement le réseau social le 12 avril. « Les comptes de la NPR en tant qu’organisation ne seront plus actifs sur Twitter car la plateforme prend des mesures qui sapent notre crédibilité en laissant entendre à tort que nous ne sommes pas indépendants d’un point de vue éditorial », a annoncé dans un communiqué la National Public Radio, précisant que seul 1 % de son budget opérationnel provient de sources fédérales.

Départs en cascade

Et la NPR n’est pas la seule. Plusieurs de ses homologues, affublés de la mention « affiliés à l’Etat », ont eux aussi décidé de claquer la porte de la firme à l’oiseau bleu. C’est le cas du groupe médias public CBC/Radio-Canada, qui a annoncé sa décision le 17 avril : « En mettant ainsi en doute notre indépendance au moyen de cette étiquette mensongère visant à tromper le public, ce réseau remet en question l’exactitude et le professionnalisme du travail effectué par nos journalistes », a déclaré le groupe médias public CBC/Radio-Canada le 17 avril dans un communiqué, rappelant que son « indépendance éditoriale » est protégée par loi, et qu’il est « financé par des fonds publics au moyen d’un crédit parlementaire voté par tous les députés ».

Le lendemain, le 18 avril, c’était au tour de la radio publique suédoise Sveriges Radio (SR) de mettre fin à ses activités sur Twitter : « Sveriges Radio a depuis un certain temps réduit la priorité de sa présence sur Twitter et nous avons maintenant pris la décision d’arrêter complètement d’être actifs sur la plateforme, ainsi que de supprimer une série de comptes », a déclaré sur son blog le groupe d’antennes les plus écoutées du pays nordique.

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Ce vendredi, plus aucune étiquette n’est présente sur les comptes des médias, même si certains ont conservé le badge jaune, synonyme « d’entreprises officielles ». Les comptes de médias d’État russes ou chinois, comme Russia Today (RT) ou l’agence officielle chinoise Xinhua (Chine nouvelle), qui entraient auparavant dans la qualification médias « affiliés à l’Etat », sont également eux aussi concernés.

Radio France « ne paiera jamais »

Côté français, si Radio France n’avait pas de badge jaune ce vendredi matin, le groupe l’a récupéré en début d’après-midi. Du côté de France Télévisions, le badge jaune n’est toujours pas revenu, tout comme 20 Minutes et la majeure partie de nos confrères. Les badges bleus de certification ont eux aussi disparu, ce vendredi, et sont désormais uniquement réservés aux abonnés qui ont souscrit à Twitter Blue.

Chez Radio France, la position est claire : le groupe « ne paiera jamais », a-t-il affirmé auprès de 20 Minutes. « La crédibilité ne s’achète pas », ajoute une source. Pour autant, la situation inquiète : « On le découvre en même temps que tout le monde. Ça change tous les jours, on ne sait pas ce qui va se passer demain. Il y a une très grande instabilité, c’est un problème », poursuit Radio France. « Si l’algorithme met en avant les comptes qui payent, ça va poser problème, notamment en matière de désinformation », précise une source du groupe, affirmant que des discussions ont débuté entre les médias de l’audiovisuel public français et européens pour trouver « une position commune ».

Invité sur le plateau de BFM, le 12 avril, le ministre délégué chargé de la Transition numérique et des télécommunications, Jean-Noël Barrot, a déclaré que ces nouvelles catégorisations constituaient une forme de « dénigrement » des médias publics, en sous-entendant que « leur indépendance n’était pas assurée ». Selon lui, cette nouvelle politique va contre le règlement sur les services numériques (DSA) de l’Union européenne, datant d’octobre 2022, qui vise notamment à « renforcer la surveillance des très grandes plates-formes » et à « atténuer » les risques de manipulation de l’information et de désinformation.

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Les étiquettes ont-elles été supprimées définitivement ou temporairement ? Pour le moment, Twitter n’a donné aucune précision.

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