Réseaux sociaux : Comment repérer les faux avis de recherche publiés par les harceleurs ?

WANTED Certains internautes malveillants postent des faux avis de recherche pour stalker ou localiser une personne.

Manon Aublanc
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Attention à ne pas partager automatique les avis de recherche postés sur les réseaux sociaux.
Attention à ne pas partager automatique les avis de recherche postés sur les réseaux sociaux. — Gregory Bull/AP/SIPA
  • Certains internautes - malintentionnés - postent des faux avis de recherche pour localiser ou « stalker » des personnes.
  • Il s’agit souvent d’un compagnon ou d’un ex-compagnon d’une femme qui a fui à cause de violences psychologiques, physiques ou de harcèlement.
  • Heureusement, il existe quelques méthodes pour tenter de différencier les faux avis de recherche des vrais.

Chaque année, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui s’évanouissent dans la nature en France. Si certaines disparitions sont volontaires, d’autres sont considérées comme particulièrement inquiétantes par les autorités. Dans la plupart des cas - et souvent avant même qu’une enquête ne soit ouverte –, les familles publient des avis de recherche sur les réseaux sociaux par les familles. Le but ? Maximiser les chances de retrouver une personne disparue. Mais dans certains cas, ce bouche-à-oreille peut s’avérer dangereux. Car ces dernières années, plusieurs faux avis de recherche ont été publiés sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter et Facebook. Prétendant recherche un proche qui a disparu, certaines personnes font appel à l’aide des internautes pour localiser physiquement ou « stalker » (traquer ou espionner en ligne) quelqu’un.

C’est ce qui s’est passé mi-mars, sur Twitter. Dans un message posté sur le réseau social, une certaine Camille Martin s’inquiétait de la disparition de sa meilleure amie à la sortie d’une boîte de nuit à Rennes. « Elle s’appelle Violette, elle a 26 ans et portait une robe rouge avec des docs. Elle dansait avec un mec, plutôt grand, brun et une barbe. Je me souviens qu’il a un scorpion tatoué sur la nuque », peut-on lire. D’abord massivement partagé, l’avis de recherche a rapidement éveillé les soupçons sur sa véracité.


Attention aux comptes récents

Si les internautes pensent aider de bonne foi en partageant massivement ces avis de recherche, c’est parfois l’inverse, explique Victor Baissait, expert et enseignant en tech/web : « Le but, c’est d’avoir un nom et prénom, voire une adresse, pour trouver un moyen de rentrer en contact avec cette personne, qui n’a absolument pas disparu. Mais elle peut ne pas vouloir de contact du tout, pour pleins de raisons ».

Et pour cause, le profil de ces internautes est souvent le même, ajoute le spécialiste : « Il peut s’agir d’un compagnon ou d’un ex-compagnon d’une femme qui a fui à cause de violences psychologiques, physiques ou de harcèlement. Ça peut aussi être un homme qui a repéré une femme en boîte de nuit et que se dit que c’est une excellente idée de la traquer ». Pour éviter ce genre de situation, plusieurs spécialistes du Web, dont Victor Baissait, ont appelé à la prudence, donnant quelques précieux conseils pour repérer les faux avis de recherche.

A commencer par la personne qui a posté le message. En premier lieu, conseille le spécialiste, il faut regarder depuis combien de temps existent le compte Twitter ou la page Facebook : « S’il vient d’être créé, qu’il n’y a aucun message, c’est déjà suspect ». Mais on peut se renseigner sur l’identité de l’émetteur. « Il faut essayer de trouver une trace de celui qui a posté le message sur Internet. Quand je me suis renseigné sur cette fameuse Camille Martin, il n’y avait qu’une page Facebook, créée elle aussi la semaine d’avant. Forcément, ça renforce la suspicion », ajoute l’expert.


Les photos, éléments d’indice

Au-delà de l’identité, la photo de profil peut également donner quelques indices. « Il faut essayer de savoir si c’est une photo volée », poursuit-il. Pour ça, il existe des moteurs de recherche inversée, comme Google ou Yandex. En rentrant l’image, « l’outil peut potentiellement nous dire si la photo vient du Web, donc si elle a été volée », conseille Victor Baissait.


Et le progrès n’arrange pas nos affaires. Car si la photo peut être volée, elle peut aussi avoir été générée par intelligence artificielle (IA), très à la mode en ce moment. « Si elle a été faite par Midjourney, par exemple, ça peut être difficile à repérer avec les avancées », estime le professeur. Heureusement, certains outils, comme Hive Moderation, « peuvent donner un pourcentage de chance que ce soit une image générée par IA », enchaîne-t-il.

Vient ensuite le message à proprement parler. L’expert conseille de repérer si l’émetteur de l’avis de recherche donne des détails, nécessaires pour retrouver identifier une personne : « Dans une vraie situation, les familles donnent le maximum d’informations. Si les éléments sont vagues, il faut se méfier ». Et c’est la même chose pour les photographies : « Normalement, un vrai avis de recherche comporte plusieurs photographies. Le but étant de permettre aux gens de se faire une idée, de visualiser au mieux la personne », avance-t-il.

Les autorités comme gage de fiabilité

Mais l’élément le plus important, c’est peut-être celui de la mention des autorités. Si les familles donnent souvent un numéro personnel sur les vrais avis de recherche pour rester joignable, ils inscrivent également souvent le numéro du commissariat ou de la gendarmerie, avec laquelle ils sont en contact. D’ailleurs, les autorités postant eux-mêmes des avis de recherche, « si le message est publié par une préfecture, la police ou la gendarmerie, c’est un gage de fiabilité », selon l’expert, qui ajoute : « Dans le cas là, si l’avis de recherche est réel, il faut repartager le post des autorités pour montrer aux autres internautes que la disparition est réelle ».

Et le spécialiste met en garde, il ne faut jamais donner d’informations à l’émetteur sur la personne soi-disant disparue : « Ce sont les autorités qu’il faut toujours contacter. On ne sait pas ce que cette personne peut faire de ces informations, elle peut s’en servir pour stalker, harceler et même localiser la personne », alerte-t-il. Enfin, si l’avis de recherche se révèle être faux, « il ne faut pas repartager le post en criant au mensonge. Plus un tweet est partagé, plus il est visible, plus l’émetteur a de chances de récolter des informations », met en garde Victor Baissait.


Mais alors que faire ? Selon l’expert, il faut faire une capture d’écran du message et le signaler aux autorités, notamment via la plateforme du gouvernement Pharos, consacrée aux contenus illicites. De son côté, la plateforme cybermalveillance.gouv.fr, dispositif gouvernemental d’assistance aux victimes d’actes de cybermalveillance, qui estime qu'il s'agit de cyberharcèlement, incite les victimes à aller porter plainte, même si les publications en question ne sont restées que très peu de temps en ligne.