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INTERVIEW« Les applications de rencontre peuvent être plus sûres que la vraie vie »

« Les applications de rencontre peuvent être plus sûres que la vraie vie », selon Rory Kozoll de Tinder

INTERVIEWÀ l’occasion du « Safer Internet Day », Tinder a annoncé de nouvelles fonctionnalités de contrôle et de sécurité. Rory Kozoll, vice-président des produits et de l’intégrité chez Tinder, a répondu à nos questions.
Rory Kozoll, vice-président des produits et de l'intégrité chez Tinder
Rory Kozoll, vice-président des produits et de l'intégrité chez Tinder - Tinder France / Tinder
Pauline Ferrari

Pauline Ferrari

L'essentiel

  • Dans le cadre du Safer Internet Day, Tinder a dévoilé de nouvelles fonctionnalités de sécurité sur sa plateforme.
  • Mode « Incognito », blocage à vue ou encore simplification du processus de signalement : le géant du dating compte bien jouer la carte de la sécurité.
  • Son vice-président des produits et de l’intégrité, Rory Kozoll, a accepté de répondre à nos questions.

À l’occasion du « Safer Internet Day », qui se tient ce 7 février en France et dans plus de 150 pays, l’application de dating Tinder a dévoilé les nouvelles fonctionnalités de sa plateforme, destinées à plus de sécurité. L’application a notamment lancé de nombreux outils de sécurité ces trois dernières années (voir encadré), alors que les visites sur sa plateforme avaient explosé en plein confinement.

Rory Kozoll, vice-président des produits et de l’intégrité chez Tinder, est l’un de ceux qui réfléchissent et coordonnent les équipes chargées de la sécurité. « Chaque interaction sur Tinder a été pensée comme conçu dans un souci de sécurité, mais nos membres ne semblent pas toujours être conscients des dispositifs de sécurité existants, de la manière de les utiliser ou de la façon d’aborder la sécurité lorsqu’ils continuent une conversation hors de l’application » a-t-il expliqué lors d’un entretien Zoom. Nous avons pu lui poser quelques questions sur le rapport qu’entretient le géant du dating aux questions de sécurité.

En dix ans, Tinder a beaucoup évolué. Qu’avez-vous appris ces dernières années en matière de sécurité, dans cet objectif de créer des rencontres authentiques et en toute sécurité ?

Dès les débuts de Tinder, il y avait cette volonté de créer une expérience de rencontre plus sûre, d’abord à travers le match mutuel : vous devez aimer quelqu’un et il doit vous aimer en retour pour vous permettre de discuter. Cette innovation est pour moi le signe d’une volonté de sécurité, et donc la sécurité a toujours été prise en considération, dès les débuts de l’application. Si vous faites se rencontrer des inconnus dans la « vraie vie », il est important que tout le monde soit authentique et respectueux, et se sente en sécurité ! Au fil des années, à mesure que nous avons vu certains problèmes émerger, nous les avons abordés et tenté de les régler.

Les applications de rencontre sont souvent perçues comme peu sûres. Avez-vous le sentiment, chez Tinder, que le risque zéro est possible ?

Pour commencer, je pense que les applications de rencontres peuvent être beaucoup plus sûres pour se rencontrer que les « anciens » lieux de drague ! La façon dont les gens se rencontraient « en vrai » avant les applications n’était pas forcément plus sûre. Cela dit, certains utilisateurs, dont les utilisatrices, sont confrontées à des problèmes réels en matière de sécurité. C’est un problème social qui se manifeste également dans nos technologies. Je pense que la plupart de nos fonctions de sécurité se concentrent sur qui est le plus vulnérable et comment nous protégeons tout le monde avec le niveau de sécurité que chacun mérite.

L’une des principales priorités en matière de sécurité chez Tinder, vous l’avez répété, c’est la protection des femmes et de la communauté LGBTQ +. Pensez-vous que la route est encore longue pour atteindre cet objectif ?

J’espère que la route ne sera pas trop longue… Notre plateforme est le reflet de la société, et la société n’a pas toujours été tendre avec la communauté LGBTQ +. Mais Tinder a dans son ADN de soutenir cette communauté depuis son lancement, et de faire en sorte que cette communauté se sente en sécurité et que chacun trouve la personne qu’il recherche. Concernant la protection de la communauté LGBTQ +, nous sommes en avance depuis très longtemps, surtout pour une application généraliste. C’est quelque chose qui doit évoluer, et pas seulement parce que nous le voulons, mais parce que le monde change et que les attentes en la matière sont plus élevées.

Dans les mises à jour récentes de « Are You Sure ? » et « Does This Bother You », j’ai cru comprendre que la liste des mots offensants avait été élargie. Comment faites-vous évoluer cette liste ?

C’est un processus. Les mots-clés jouent un rôle dans l’apprentissage automatique, l’intelligence artificielle aide à donner du contexte et à interpréter : un mot donné peut être plus ou moins offensant compte tenu du contexte. Nous essayons constamment de faire évoluer la façon dont ces modèles d’apprentissage automatique comprennent ce qui se dit et interprètent les conversations. Je dirai que c’est une route qui est encore longue à ce niveau, qui nécessite une intervention humaine pour interpréter les données, regarder ce qui manque, quelle adaptation peut être faite, etc. C’est un problème complexe en data science, on essaye de combiner l’intelligence des machines et l’intelligence humaine pour essayer de résoudre ce type de problèmes.

On l’a vu, Tinder a 10 ans, et la nouvelle génération délaisse de plus en plus les réseaux sociaux « classiques »… Avez-vous peur que Tinder devienne has-been ?

Nous croyons que nous pouvons parler à la génération Z comme à toutes les autres générations ! Bien sûr, la génération Z est la première génération qui a grandi avec des smartphones dans son quotidien, mais qui a aussi traversé une pandémie. Nous nous adaptons à leurs besoins : par exemple, ils pensent beaucoup à leurs amis, ils essayent de comprendre ce qu’ils veulent dans la vie après plusieurs années de Covid-19… Donc non, je ne pense pas que nous soyons démodés !

Tinder évolue sur la sécurité

Parmi les nouvelles fonctionnalités proposées par Tinder, le mode « Incognito » permet aux utilisateurs de choisir que leur profil soit uniquement visible par les personnes qu’ils ont likées ; la possibilité de bloquer un profil sans forcément le signaler ou l’avoir matché (ce qui évite de croiser son ex).Tinder indique aussi avoir simplifié son processus de signalement, en appuyant longuement sur un message, pour pouvoir signaler plus rapidement des messages inappropriés.

Enfin, Tinder avait lancé en 2021 les fonctionnalités « Are You Sure ? » ( « Es-tu sûr ? ») et « Does This Bother You ? » ( « Est-ce que cela te dérange ? ») : ces messages automatiques peuvent apparaître sur l’écran des utilisateurs au moment d’envoyer un message, si celui-ci contient un langage nuisible détecté par une intelligence artificielle ; ou à sa réception, pour permettre de signaler plus facilement les propos injurieux ou discriminants, là aussi détectés par une intelligence artificielle.

Selon Tinder, ces fonctionnalités auraient permis depuis leur lancement de réduire de « plus de 10 % le langage inapproprié dans les messages envoyés » et « d’augmenter de 46 % les signalements de messages contenant des propos injurieux ».

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