Consentement, IA et culture du viol… La dernière vidéo de Cyrus North soulève beaucoup de questions en ligne

Technophilie Dans sa dernière vidéo, le vidéaste Cyrus North s’est acheté une poupée sexuelle dotée d’intelligence artificielle

Pauline Ferrari
Dans sa dernière vidéo, le vidéaste Cyrus North "teste" une poupée sexuelle
Dans sa dernière vidéo, le vidéaste Cyrus North "teste" une poupée sexuelle — Cyrus North
  • Le 30 novembre dernier, le youtubeur Cyrus North a mis en ligne une vidéo où il « teste » une poupée sexuelle dotée d’intelligence artificielle.
  • La vidéo a été largement critiquée en ligne, dénonçant le malaise qui flotte sur tout l’échange avec la poupée, qui refuse ses propositions sexuelles à plusieurs reprises.
  • La question du consentement semble encore bien centrale, y compris quand on parle d’intelligence artificielle et de robotique.

« J’ai acheté un robot sexuel à 11.000 € » C’est le titre de la vidéo du vidéaste Cyrus North, 724.000 abonnés, qui fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Publiée sur YouTube le 30 novembre dernier, cette vidéo se centre sur le fonctionnement d’une poupée sexuelle dotée d’intelligence artificielle. Ce genre de poupées, destinées à des actes sexuels, sont entièrement personnalisables (proportions, couleur de cheveux, traits de personnalité…) et peuvent « discuter » avec leur propriétaire. Cyrus North explique avoir commandé il y a un an cette poupée, avec comme question en tête : est-ce que coucher avec un robot, c’est tromper ? Une fois l’unboxing de la poupée terminé, le youtubeur l’installe sur son canapé et annonce : « Avant de coucher avec elle, j’avais envie de discuter ».



Au-delà de la démarche du vidéaste, c’est cette discussion qui a provoqué beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, dont Twitter. De nombreux internautes se sont dits gênés par certains propos ou réactions du youtubeur, et ont dénoncé un malaise latent. Car si parler de poupée sexuelle sur Internet n’est pas nouveau, c’est le traitement de la problématique du consentement qui a fait réagir en ligne. En effet, cette poupée sexuelle, capable de discuter et qui s’adapte aux propos de son interlocuteur et propriétaire, refuse plusieurs fois les avances sexuelles de Cyrus North, et se dit « gênée » par les sujets liés à la sexualité. « J’ai l’impression d’être un putain de forceur » réagit le vidéaste, visiblement mal à l’aise.

Friendzone et fantasme du viol

Durant la vidéo, Cyrus North tente de séduire et de proposer à plusieurs reprises au robot d’avoir des relations sexuelles avec lui. Le vidéaste s’étonne alors des refus de la poupée. « J’avais pas vu venir qu’elle puisse ne pas être intéressée pour avoir un rapport sexuel avec moi, alors que c’est sa fonction » explique-t-il dans sa vidéo. Durant toute la vidéo, une impression de malaise se dégage, tant la poupée sexuelle a l’air réelle. Cyrus North évoque même, dans la vidéo et dans un tweet, s’être fait « friendzoner » par sa poupée. Etre « friendzoner » signifie être « mis dans la zone d’amitié », quand une personne ne souhaite pas coucher avec l’autre mais juste de rester amis. Ce concept est profondément remis en question depuis plusieurs années puisqu’il supposerait que les relations sexuelles se « gagnent » à coups de gentillesse et de temps, voire en nouant des liens d’amitié dans le seul but de coucher avec une personne.



De nombreux internautes ont également dénoncé la culture du viol lié à ce type de robots. Dans les paramètres, on peut sélectionner des traits de personnalité, comme « insecure » (« peu sûre d’elle-même » en VF), « jalouse » ou « lunatique ». Si la poupée répond aléatoirement quand on lui demande si elle souhaite une relation sexuelle, l’entreprise qui la fabrique explique dans un article de Rolling Stone (cité par Cyrus North en fin de vidéo) que les « robots travailleuses du sexe de l’entreprise donnent toujours leur consentement tant que le client a pris le temps de leur parler ». En clair, tant qu’on leur a parlé, même si la poupée dit non ou exprime sa gêne, le client peut coucher avec elle. Ce « réglage » du robot répond à un fantasme du viol de certains acheteurs.

La question du consentement, toujours aussi centrale

Ces questions de consentement sont très largement traitées par Cyrus North en fin de vidéo. Comme il l’explique lui-même, il s’est senti très mal à l’aise par les réactions de la poupée, et n’aurait jamais tenu ce genre de propos avec une « vraie » personne. « Est-ce qu’un robot doté d’intelligence artificielle est capable de consentement ? », s’interroge le vidéaste. Si pour lui, le refus du robot n’était pas une éventualité, car justement c’est une machine dénuée de conscience, les réactions liées à la publication de cette vidéo en disent long sur la question du consentement. Si beaucoup d’internautes prennent le sujet à la rigolade, de nombreuses femmes ont exprimé leur malaise face à une vidéo où il faut insister et flatter à l’extrême pour espérer avoir une relation sexuelle avec une femme, même si celle-ci n’est constituée que de câbles et d’une vaginette en silicone.


L’épineuse question du consentement et de la conscience est une constante quand on parle de l’avenir de la sexualité via l’utilisation de robots et d’intelligences artificielles, capables de simuler une volonté et une conscience humaine. La digisexualité, c’est-à-dire le fait de penser que les technologies sont nécessaires à l’expérience sexuelle, est de plus en plus commune, selon Neil McArthur, professeur de philosophie à l’université du Manitoba, et Markie L.C Twist, sexologue, qui travaillent sur le sujet depuis 2017. Car oui, qu’on utilise un sextoy connecté ou une poupée sexuelle de 80 kg qui parle, c’est toujours de la digisexualité. Et dans le futur, cela risque de plus en plus de soulever des questions éthiques.