« Balance ton voleur »… Quand les commerçants affichent les photos de voleurs sur le Web

WANTED De plus en plus de petits commerçants diffusent des images de leur système de vidéosurveillance sur les réseaux sociaux, afin de dénoncer les voleurs

H. B.
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En France, de plus en plus de commerçants préfèrent aujourd’hui passer par les réseaux sociaux « pour se faire justice » (illustration).
En France, de plus en plus de commerçants préfèrent aujourd’hui passer par les réseaux sociaux « pour se faire justice » (illustration). — BEBERT BRUNO/SIPA

Le phénomène n’est pas nouveau, mais semble prendre de l’ampleur. Depuis quelques semaines, des images non floutées de clients présentés comme des voleurs sont diffusées sur les réseaux sociaux par certains commerçants, victimes de vols à l’étalage. Cette pratique, appelée le doxing, qui consiste à rendre publiques photos ou vidéos d’un individu que l’on cherche à identifier dans le but de lui nuire, est très répandue aux Etats-Unis.

En France, de plus en plus de commerçants préfèrent aujourd’hui passer par les réseaux sociaux « pour se faire justice ». C’est le cas de Jennifer, une commerçante de Forbach (Moselle), qui a vu disparaître en quelques secondes pour 480 euros de vêtements, le mois dernier. Elle a déclaré le vol à la police, mais sans nouvelle de l’enquête, elle a décidé de diffuser sur son compte Facebook les images de la présumée voleuse captées par son système de vidéosurveillance.

« J’ai une photo de l’immatriculation de sa voiture, ainsi qu’une photo de son mari et de son bébé »

« Le temps que je récupère mon fils à la crèche, ma vendeuse était seule. La cliente en a profité pour me voler quatre doudounes. J’invite cette dame à me les ramener car une plainte va être déposée. J’ai une photo de l’immatriculation de sa voiture, ainsi qu’une photo de son mari et de son bébé. Les gens me dégoûtent », a-t-elle écrit sur Facebook avant de supprimer sa publication.

En septembre, un autre commerçant a diffusé les images d’un vol dans son dépôt-vente. Deux jours après, les voleurs ont rendu les objets volés prétextant un oubli de paiement. « Ils étaient gênés, ils avaient honte, c’était le but. Comme ils ont rarement peur de la justice. On n’hésitera pas à le refaire », s’est justifié le commerçant.

Jusqu’à un an de prison et 45.000 euros d’amende

De nombreux petits commerçants aux quatre coins de la France ont également opté pour cette démarche. « Nous avons décidé, comme nos confrères commerçants récemment, de publier les images de toutes les incivilités que nous subissons. La pharmacie est équipée de plusieurs caméras. Désormais, nous afficherons les photos de toutes les personnes qui volent dans notre officine. À bon entendeur ! », avertit ainsi une pharmacie de Petite Rosselle (Moselle) sur son compte Facebook.

En avril dernier, un supermarché situé à Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne) avait carrément décidé de mettre en avant les visages des présumés voleurs sur un grand panneau à l’entrée du magasin, accompagné de la mention « voleurs du mois » (en référence au célèbre « employé du mois »).

« Toutes ces initiatives sont illégales », rappelle régulièrement la police. D’après le Code pénal, « l’atteinte à la vie privée par la diffusion d’images est passible d’un an de prison et 45.000 euros d’amende ». « Vous n’avez pas le droit de diffuser ces vidéos parce que les personnes qui figurent sur ces images bénéficient de la présomption d’innocence », indiquent par ailleurs certains avocats sur les réseaux sociaux.