Crise énergétique : EcoWatt, le « Bison futé » de l’énergie, n’est-il qu’un indicateur de plus ?

BLACK-OUT Il s’invite depuis deux jours dans les bulletins météo à des heures de grande écoute des médias nationaux, mais sur quelles données ces alertes s’appuient-elles ?

Laure Gamaury
— 
Illustration Ecowatt, dispositif d alerte de consommation de l electricite pour les Francais.
Illustration Ecowatt, dispositif d alerte de consommation de l electricite pour les Francais. — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • EcoWatt est un des moyens de lutte inventé par RTE en 2009, et appliqué depuis peu à l’échelle nationale, pour alerter la population sur les prévisions de pics de consommation électrique.
  • « L’idée de base, très innovante pour l’époque, était pourquoi ne pas associer tout le monde aux efforts de sobriété ? », explique Ivan Saillard, co-créateur d’EcoWatt en 2008, à « 20 Minutes ».
  • L’indicateur est donc désormais à disposition de tous, il reste à mesurer comment les Français s’en emparent.

Sobriété énergétique généralisée oblige, les initiatives se multiplient pour afficher sa bonne volonté en matière climatique. Les risques qui pèsent sur une pénurie d’électricité ont poussé sur le devant de la scène le dispositif EcoWatt, RTE qui en est à l’origine ayant signé des partenariats avec plusieurs médias TV, dont TF1 et France Télévisions. Ils diffuseront au sein de leurs bulletins météo cet indicateur qui permet aux usagers de voir en temps réel le niveau d’électricité disponible dans le pays grâce à un signal en trois couleurs : vert (normal), orange (tendu), et rouge (très tendu, synonyme de coupures inévitables si rien n’est fait pour baisser la consommation).

Depuis 2009, à l’époque uniquement en Bretagne, puis en Paca, ces pictogrammes permettent aux entreprises, collectivités et particuliers d’être avertis d’éventuelles tensions sur le réseau électrique quatre jours à l’avance désormais, et d’adopter des écogestes pour réduire leur consommation. Une véritable arme anti black-out !

Genèse et naissance du projet

« L’idée de base, très innovante pour l’époque, était pourquoi ne pas associer tout le monde aux efforts de sobriété ? », explique Ivan Saillard, co-créateur d’EcoWatt en 2008, alors qu’il est directeur des affaires publiques et de la communication pour la région Ouest de RTE à Nantes. A l’époque, la Bretagne traverse des turbulences en matière énergétique, la faute à un réseau fragile, à une situation géographique particulière et à des raisons techniques. « Depuis trois-quatre hivers, c’était la crise, on risquait des black-out », détaille Ivan Saillard.

Pour parer à ces menaces, il discute avec Isabelle Thomas, vice-présidente de la région Bretagne, passée depuis 2004 sous présidence socialiste. En un été né l’indicateur EcoWatt, opérationnel dès l’hiver 2008-2009 en Bretagne, qui rend disponible au grand public des données utilisées depuis des années par RTE et les institutions. « De nombreuses collectivités adhèrent au projet et se mettent à éteindre les stades en cas d’alerte par exemple », explique-t-il. Mais l’indicateur n’est mis en place qu’en Bretagne, puis en 2010 en Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Techniquement, quelles sont les données utilisées ?

En 2020, soit 10 ans après l’application d’EcoWatt à la région Paca, « qui présentait des particularités géographiques similaires à la Bretagne », selon Ivan Saillard, l’indicateur s’est finalement développé à l’échelle nationale. Pour les abonnés au service, un SMS envoie des alertes « vigilance coupure » pour inviter chacun à réduire sa consommation d’électricité en fonction des pics.



EcoWatt se sert d’un chiffre, calculé par RTE, qui est la prévision de la consommation d’électricité à venir des Français en fonction des températures, du calendrier (jours fériés, week-ends, etc...), et de la prévision de production d’électricité en fonction du nombre de récateurs nucléaires ou centrales thermiques, etc, en fonctionnement. Et après calculs des machines, il sort sur le modèle de la météo, une prévision pour les jours à venir.

Un indicateur, et après ?

« Un degré sous les normales de saison, c’est une consommation qui augmente de 2.400 MW, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires d’une puissance de 900 MW », souligne RTE. Il y avait donc urgence à agir. Pourquoi ce système mis en place depuis plus de 10 ans, et testé avec succès dans plusieurs régions, n’a-t-il pas été généralisé plus tôt alors ? « C’est beaucoup plus facile d’innover avec des partenaires institutionnels à l’échelle d’une région, confie Ivan Saillard. En un été en 2008, cinq partenaires - le conseil régional de Bretagne, la préfecture de région, l’Ademe, ERDF (devenu depuis Enedis) et RTE, qui était le pilote - se sont mis d’accord. Au niveau national, il y a sûrement plus d’aller-retours nécessaires et de décisions politiques », évoque-t-il.*

Quelles économies sont à prévoir ? Jusque là, RTE a très peu communiqué sur les résultats du dispositif, hormis le 4 avril dernier, au cours d’une journée très froide, où un signal d’alerte orange avait été déclenché, ce qui avait permis d’économiser environ 800 MW selon RTE. « En Bretagne, dans les premières années, on observait des économies de l’ordre de 1 à 3 % », se rappelle Ivan Saillard.

Et maintenant ? « Il faut désormais acquérir la capacité à mesurer concrètement la mobilisation, on en a les moyens techniques », estime Ivan Saillard. Qui admet, lui qui n’a jamais totalement lâché son bébé, travailler sur le sujet. « Pourquoi ne pas l’évaluer à une échelle plus locale, propose-t-il. Quels sont les effets à Nantes ? A Rennes ? A Paris ? » En effet, après l’opération de com, les Français veulent savoir si leurs éco-gestes sont une goutte d’eau ou un réel investissement pour une planète plus verte.