Denis Gesta : «Un nouveau départ pour la navette»

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Interview de Denis Gesta, batelier, propriétaire de la péniche Le Royal

Plusieurs épisodes malheureux ont marqué l'actualité du port de Bordeaux en ce début d'année. La navette fluviale, d'abord, qui a cessé de fonctionner en mars...

Bordeaux a toujours eu ses gondoles. Mais la navette n'a pas marché car ses dessertes étaient mal conçues. Lormont-Bordeaux en une demi-heure, seulement le matin et le soir, cela n'intéresse pas grand monde. Mais si on proposait Lormont-Bacalan [cinq minutes] ou Lormont-les Hangars, ce serait autre chose. Par bateau, c'est le plus rapide. Et les gens ne refusent pas de marcher un peu une fois arrivés. Ce qu'ils veulent, ce sont des commodités. Savoir combien de temps ils vont mettre précisément.

Où en sont les discussions ?

Une liaison entre les deux rives devient indispensable, car le pont d'Aquitaine sera bientôt saturé et le tram du pont de Pierre est déjà gavé de monde. Le dossier est étudié à la CUB. Une décision devrait être prise à la rentrée. On peut envisager un nouveau départ pour la navette.

On a aussi appris que les grands paquebots ne pouvaient plus accoster à la Bourse...

Il faut arrêter de penser que les bateaux passagers ne s'intéressent qu'à Bordeaux. Plutôt que de les bloquer à Bassens, on pourrait les arrêter à Pauillac, devant le château de Beychevelle ou près de la citadelle de Blaye. L'estuaire est vaste. On pourrait peut-être construire un quai au milieu, avec un transport des passagers par navettes jusqu'à Bordeaux ? Cela formerait une île, propice au dragage naturel... Cela se fait déjà ailleurs.

On ne voit quasiment aucun bateau sur la Garonne...

Oui, et c'est d'ailleurs extraordinaire ! On est quatre bateliers à Bordeaux et quand on se croise, c'est l'euphorie ! On a des milliers d'hectares de fleuve qui ne sont pas exploités. Il faudrait que des gens rêvent un peu, aient des idées... Mais les acteurs locaux ne nous demandent jamais notre avis et quand on le donne, ils se vexent.

Le seul bateau emblématique de Bordeaux, Le Colbert, devrait quitter la ville bientôt. Qu'en pensez-vous ?

Il fait quand même tâche dans Bordeaux. On aurait laissé de la vie dessus, avec la Marine par exemple, il aurait été moins gênant. Mais il est tout rouillé et rempli d'amiante. S'il est dangereux, c'est dans la minute qu'il aurait dû être fermé.

Et la rumeur du Grand Pavois [salon nautique] à Bordeaux ?

Le Grand Pavois, c'est La Rochelle et il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. Si La Rochelle n'est plus adaptée pour recevoir une telle manifestation, on n'a qu'à en créer une autre. C'est une question de morale. La voile se développe tellement qu'il n'y aurait pas vraiment de concurrence. Si Juppé revient, il faudrait que lui et son équipe nous fassent rêver un peu, comme l'ont fait les footballeurs de l'équipe de France.

Recueilli par Marion Guillot