Parler pour arrêter de frapper

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Un groupe de parole plutôt qu'une audience au tribunal correctionnel et une éventuelle condamnation à la clé. C'est l'expérimentation, unique en France, qu'ont mise en place le mois dernier l'Association des réponses éducatives et sociales dans le champ judiciaire (ARESCJ) et le parquet pour les hommes auteurs de violences conjugales. « Il y a un certain nombre de gens qu'on peut laisser dehors et pour d'autres, on ne peut pas. Mais l'incarcération n'est pas non plus une solution car ce ne sont pas des délinquants », explique Dominique Delthil, avocat et président de l'ARESCJ qui présente ce soir un bilan de ces stages de citoyenneté.

Cette aide à visée thérapeutique a été proposée à huit hommes violents dans le cadre d'une médiation pénale, une alternative aux poursuites. Ils paient leur stage 220 e et participent au groupe de parole animé par un psychiatre et un travailleur social – toujours un homme et une femme – durant cinq semaines à raison de deux heures hebdomadaires. « C'est un travail de réflexion, d'auto-analyse et d'échange », précise le président.

« C'est bien que les hommes soient pris en charge car jusqu'à présent, ça n'était pas fait, commente Monique Baudier, présidente de l'Association pour l'accueil des femmes en difficulté (Apafed). Mais j'émets quelques réserves quant à la médiation pénale : devant le médiateur on se tient tranquille, mais à la maison... Nous avons peur de la récidive. »

Par ailleurs, l'Apafed doute des bonnes intentions des auteurs de violences : « Ils vont peut-être au groupe de parole pour ne pas être condamnés. » Cependant, elle reconnaît que le premier groupe a bien compris l'enjeu et qu'« en en parlant avec d'autres, ils se rendent compte de ce qu'ils ont fait, admet-elle, un peu sur le principe des alcooliques anonymes ».

Orianne Dupont

L'ARESCJ est aussi chargée de loger les hommes violents sous le coup d'une mesure d'éloignement du domicile conjugal.