Grand stade à Bordeaux: pour la mairie «il serait plus coûteux de rénover Chaban-Delmas»

EQUIPEMENT Alors que l'enquête publique sur le projet de grand stade à Bordeaux vient de s'achever, majorité et opposition municipale s'opposent toujours sur la nécessité de construire ce nouvel équipement...

Mickaël Bosredon

— 

Le projet de Grand Stade de la ville de Bordeaux
Le projet de Grand Stade de la ville de Bordeaux — DR

Le stade Chaban-Delmas est-il vraiment obsolète pour accueillir l’Euro de foot en 2016? L’enquête publique sur le permis de construire du projet de grand stade dans le quartier du Lac à Bordeaux s’est achevée lundi 16 avril. Ce mardi, la mairie de Bordeaux a annoncé être «dans les temps» pour la livraison du nouveau stade en 2015. «Nous avons même un peu d’avance, puisque la construction démarrera en octobre alors qu’elle était prévue en décembre», déclare Arielle Piazza, adjointe aux sports.

Mais la question de l’utilisation de Chaban a de nouveau fait surface. Matthieu Rouveyre, élu d’opposition PS à la mairie de Bordeaux, auteur d’un recours contre le projet, et Jacques Respaud, leader de l’opposition socialiste, se sont indignés à l’issue de la consultation «qu’aucune étude n’ait été réalisée sur la possibilité de rénover Chaban. Or, nous avons beaucoup d’inquiétudes sur l’opportunité de construire un nouveau stade, surtout en période de crise, sur son coût et également son financement.» L’opposition PS souligne également que le stade Chaban-Delmas a été choisi pour accueillir la demi-finale de H Cup entre Clermont et Leinster, le 29 avril prochain. «Alors, pour le rugby Chaban ne pose pas de problème, mais pour organiser une rencontre internationale de foot cela ne serait pas possible?» s’étonne Jacques Respaud. «Il faut que ceux qui s’occupent des compétitions de football sachent raison garder.»

Seules 12.000 places couvertes à Chaban-Delmas

Dès mardi la mairie de Bordeaux contre-attaquait. «Chaban-Delmas, qui a déjà été rénové deux fois, est obsolète pour de grands événements internationaux, affirme Hugues Martin, adjoint UMP au maire Alain Juppé. Dans la mesure où Chaban est encore en fonctionnement, on ne peut que se réjouir qu’il accueille cette demi-finale de H Cup, mais sur du long terme il faudrait encore le rénover et ce serait plus coûteux que de construire un nouveau stade» estime l’élu, qui rappelle par ailleurs que «seules 12.000 places sont couvertes sur les 33.000 places de Chaban», ce qui serait trop peu au regard de ce que la mairie attend d’un grand stade.

«Il faut que ce soit un lieu de fête à l’échelle de l’agglomération, voire de la région», soutient Arielle Piazza, où l’on pourrait organiser «autre chose que des rencontres sportives.» L’affluence de Chaban, soit un peu plus de 20.000 personnes par match cette année, ce qui classe le stade au dix-septième rang de la Ligue 1 en terme de taux de remplissage, n’inquiète pas plus que cela la mairie: «l’année du titre il y avait 28.000 personnes par match ; il y a un public pour les Girondins.» Pour Hugues Martin, «il n’y a qu’une seule grande équipe dans la région, c’est les Girondins, et ils ont besoin d’un grand stade» tranche Hugues Martin.

«Chaban ne sera pas détruit»

Reste la question du coût, et du mode de financement du grand stade, à savoir un partenariat public privé. Le coût de construction est estimé à 183 millions d'euros, subventionnée par l’Etat pour 28 millions d’euros, par la ville de Bordeaux pour 17 millions d'euros, et par la région aquitaine et la Communauté Urbaine de Bordeaux à hauteur de 15 millions d'euros chacun. Le club des Girondins de Bordeaux s'engage à verser 20 millions d'euros. Le groupement de BTP formé entre Vinci et Fayat financera la construction du stade, et en assurera l’entretien, en échange d’un loyer de 3,8 millions d’euros par ans sur trente ans versé par M6, propriétaire des Girondins de Bordeaux. «L’argent public n’a pas à être mobilisé dans le sport business» martèle Matthieu Rouveyre, qui s’inquiète que «si le club des Girondins est défaillant, la ville de Bordeaux sera responsable du remboursement des loyers pendant trente ans.» Pour Hugues Martin, «toutes les précautions ont été prises sur le plan financier, et le contribuable n’aura pas à se substituer au club en cas d’aléa sportif.» L’adjoint ajoute qu’à 183 millions d’euros, «c’est le moins cher de tous les stades qui vont être construits en vue de l’Euro 2016.»

«Bordeaux a une notoriété internationale, et tous les grands équipements publics doivent être tirés vers le haut, c’est pourquoi il a été décidé de construire ce stade, en consensus avec la CUB et la région» rappelle encore Hugues Martin. Quant à l’avenir de Chaban-Delmas, un «concours à idées sera ouvert» pour savoir quelle utilisation il en sera faite. «Mais en aucun cas il ne sera détruit.»