Banlieues, l'urgence de comprendre

©2006 20 minutes

— 

Pourquoi les banlieues se sont-elles embrasées à l'automne ? Pourquoi certaines plus que d'autres ? Restées sans réponses, ces questions sont au coeur d'un programme de recherche lancé ce mois-ci par les sociologues de l'université Bordeaux II. L'équipe du laboratoire d'analyse des pro- blèmes sociaux et de l'action collective (Lapsac), qui rendra son rapport en avril 2007, se donne onze mois pour discerner les causes profondes des émeutes, en comparant deux quartiers de l'agglomération bordelaise (qui restent à définir). « L'un aura connu des émeutes et l'autre pas », explique Régis Cortéséro, docteur en sociologie, chargé de recherche au Lapsac. Autre objectif : « Accompagner les équipes du conseil général, afin qu'elles renouvellent leurs actions si besoin. » L'institution a accordé une subvention de 57 367 e au projet.

Concrètement, la parole sera donnée aux habitants : « On va les interroger pour savoir comment ils interprètent leur situation d'exclusion », précise Georges Félouzis, directeur du Lapsac. Ladite exclusion serait selon lui à l'origine de ce mal-être. Exemple révélateur : le vide politique des banlieues. « Cette révolte n'a pas eu de porte-parole, s'étonne le chercheur, car la population des banlieues est exclue de la société. Ses problèmes ne concernent qu'elle, contrairement aux étudiants qui ont protesté contre le CPE et dont le propos a été écouté et a pesé. » Quant à savoir pourquoi certaines banlieues ont été plus calmes que d'autres, « cela renvoie au tissu associatif et aux politiques locales », estime-t-il. Par exemple, à Bordeaux-Nord, « les associations étaient suffisamment présentes pour limiter la casse ». Les sociologues du Lapsac espèrent enfin « sortir des caricatures et combler un déficit d'analyse ». « Les discours politiques n'ont pas été à la hauteur », déplore Georges Félouzis.

Marion Guillot

Pour le Lapsac, les émeutes auraient été plus violentes sur la rive droite bordelaise que sur la rive gauche, car le lien social y serait plus défaillant.