Alain Rousset: «Il faut relever le défi majeur du stockage de l’énergie»

INTERVIEW Alain Rousset, président PS de la région Aquitaine, estime qu'il faut développer une filière industrielle des énergies renouvelables. «Des centaines de milliers d'emplois sont en jeu»...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Alain Rousset, président PS de la région Aquitaine, dans son bureau le 16 février 2012.
Alain Rousset, président PS de la région Aquitaine, dans son bureau le 16 février 2012. — S.ORTOLA/20MINUTES

Pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’éoliennes en Aquitaine?

D’abord parce que l’Aquitaine n’est pas une région très ventée. C’est une région de plaine, un bassin, et les éoliennes sont plutôt au bord de baies, ou sur crêtes de montagne. Aussi parce que, comme dans beaucoup de régions, les projets se heurtent souvent à des mouvements de contestation, avec des arguments visuels, comme dans le médoc, ou liés à la chasse, même si je ne vois pas très bien le lien. En ce qui concerne les éoliennes off shore, il y a des obstacles physiques, puisqu’en face de l’Aquitaine une fosse marine plonge fortement. Quant aux éoliennes flottantes le modèle technologique n’est pas au point. En plus de cela, la zone du centre d’essai des Landes utilise son espace marin pour des tests de missiles.

Et lorsque Météo France veut installer un radar dans le Médoc, cela n’aide pas non plus?

C’est agaçant: Météo France veut installer un radar mettant en cause le seul projet d’éoliennes que l'on a, et de surcroit il demande aux collectivités de le subventionner. Il faut le faire quand même.

Pour vous qui souhaitez développer les énergies renouvelables dans la région, c’est problématique, non?

Heureusement, les énergies renouvelables ne se résument pas aux éoliennes. L’Aquitaine est la région où il y a le plus de solaire, même s’il faut faire attention avec cela : il se développe depuis que la tempête Klaus a mis par terre 230.000 hectares de bois ; il ne faudrait pas que cela se fasse au détriment de la replantation du bois. L’Aquitaine est aussi une des régions hydrauliques les plus importantes, et c’est la première région française pour la méthanisation. Il y a enfin tout ce que l’on fait sur les biocarburants.

Vous êtes favorables aux biocarburants issus de l’agriculture?

Je ne suis pas contre s’ils sont issus de sous produits de l’agriculture, lorsqu’ils n’entrent pas en compétition avec l’agriculture alimentaire. Mais ce que nous développons avant tout, ce sont les biocarburants à partir de la micro-algue, avec la société Fermentalg à Libourne, qui a sélectionné des souches de micro-algues produisant du pétrole après transformation. Nous avons aussi un autre projet de fabrication de pétrole à partir de cellulose transformée en sucre dans les Landes. N’oublions pas non plus que nous avons le plus grand massif forestier d’Europe, avec tout le potentiel en énergie-bois que cela représente. Et je viens de signer une convention avec la région Bretagne pour le développement des énergies marines, notamment les hydroliennes, qui représentent sans doute le plus gros potentiel, car une fois la turbine et l’installation amorties, c’est un système qui marche tout seul.

Les énergies renouvelables, c’est aussi une filière industrielle derrière, et donc des emplois…

Bien sûr, c’est pourquoi nous avons une stratégie globale, qui englobe la fabrication, par exemples des pales d’éoliennes, et que nous sommes partie prenante de la réflexion sur l’enjeu des systèmes de stockage d’énergie, sur laquelle l’Etat passe complètement à côté, contrairement à d’autres grandes nations comme l’Allemagne ou le Japon. Les énergies alternatives sont aléatoires, il faut donc relever le défi majeur du stockage de l’énergie pour lequel l’Aquitaine va lancer un appel à projets, pour structurer un cluster technologique et scientifique. Derrière tout cela ce sont technologies d’avenir qui se dessinent, comme la robotique, et des dizaines voire des centaines de milliers d’emplois.

Le nucléaire reste en Aquitaine la source principale d’électricité. Quelle part de mix énergétique l’Aquitaine peut-elle atteindre dans un futur proche?

C’est difficile à dire… Il y a un tel retard à rattraper. Il ne s’agit pas de dire que l’on arrête le nucléaire, mais pour plusieurs raisons il faut qu’il ait une part plus raisonnable dans notre pays. Imaginons que survienne demain un accident grave en Europe, tous les pays qui l’ont développé massivement seraient obligés, sous la pression de l’opinion publique, d’arrêter.

Pourquoi parle-t-on moins d’environnement dans cette campagne présidentielle, qu’en 2007?

D’abord à cause de la mauvaise campagne d’Eva Joly, ce que je regrette. Ensuite parce que le phénomène environnemental est moins prégnant face à l’explosion du chômage et de la pauvreté, même si l’on sait que derrière la crise économique, il y a aussi une crise environnementale.